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Issue
Mov Sport Sci/Sci Mot
Number 106, 2019
Page(s) 1 - 6
DOI https://doi.org/10.1051/sm/2018019
Published online 16 November 2018

© ACAPS, 2020

1 Introduction

Hippocrate affirmait déjà que « la marche est le meilleur remède pour lʼhomme » ; pourtant, sa pratique semble problématique de manière générale et dans lʼespace urbain plus particulièrement. Par le jeu combiné du développement dʼautres formes de déplacement (voiture, transports publics), lʼurbanisation croissante a souvent été peu soucieuse du piéton. En outre, avec les possibilités dʼaccès aux biens de consommation de chez soi, les loisirs passifs, les occasions de marcher se réduisent. Dans le même temps, le développement depuis les années 1960 du « sport-santé » (Favier-Ambrosini, 2016) promu par les instances scientifiques (comme la Fédération française de cardiologie, par exemple) et les instances politiques va donner à la marche une fonction importante dʼactivation physique quotidienne permettant de lutter contre les maladies chroniques : maladies cardio-vasculaires, obésité, diabète… Lʼactivité physique la plus facilement praticable par tous, la marche va devenir une sorte de référence en matière de « niveau dʼactivation » utile au maintien dʼune bonne santé étalonnée par des indicateurs chiffrés. Accessible à tous et notamment aux populations les plus éloignées de la pratique sportive et les plus fragiles, elle est aussi un outil de lien social pour les publics fragiles comme les personnes âgées par exemple. Lʼenjeu de la mobilité des personnes qui est la clef de voûte du maintien du lien social et de lʼindépendance dans de nombreuses activités du quotidien, passe par la faculté à se déplacer en marchant. Des auteurs ont montré combien lʼarrêt de la marche est une transition biographique importante marquant une rupture pour les personnes âgées (Balard, 2010 ; Caradec, 2009).

La marche est par ailleurs une activité largement plébiscitée par les Français. Les travaux sur les pratiques physiques insistent sur la place de la marche dans les activités préférées des individus que ce soit pour les femmes (Stat-Info, 2001) ou les seniors (Burlot & Lefèvre, 2009 ; Truchot, 2002). Les enquêtes sur les pratiques sportives des Français réalisées par lʼInstitut National du Sport, de lʼExpertise et de la Performance et le Ministère de la Jeunesse et des Sports en 2010 et 2016 consacrent un chapitre chacune à cette activité. Lʼactivité marche définie dans un sens extensif regroupant toutes les formes de pratique (23 sont identifiées) devance largement les autres disciplines. Les enquêtes distinguent la marche utilitaire, de loisir et sportive. La marche (balade de loisir, de détente ou utilitaire), à lʼopposé des marches sportives, des randonnées pédestres ou en montagne, est pratiquée par un nombre important de personnes qui nʼexercent aucune autre activité physique et sportive (12 % des 15 ans et plus). Le poids de la marche utilitaire est particulièrement élevé. Ainsi, par choix ou par obligation, une partie importante de la population (23,9 % des personnes âgées de 15 ans et plus) a recours à la marche à des fins essentiellement liées à ses déplacements.

La marche sʼinscrit ainsi dans un questionnement sur les mobilités. Une prise en compte de la marche fut-elle pour la santé ne peut se penser sans son inscription dans un territoire et pose inévitablement des problèmes dʼurbanisme et dʼaménagement qui dépassent les simples développement de quartiers piétonniers dans les centres urbains dont lʼenjeu de santé publique était bien secondaire (Feriel, 2015). Les villes se mesurent en fonction de leur potentiel de marche, leur marchabilité (Speck, 2012). La marchabilité, traduction de la notion de « walkability » développée par les Anglo-Saxons, correspond à une forme dʼaménagement urbain favorable à la marche. Plusieurs conceptions sont en débat (Forsyth, 2015). Certains développent une vision fonctionnelle basée sur des caractéristiques physiques propices à lʼusage de la marche comme mode de déplacement urbain : cheminement piéton, densité urbaine, environnement sûr, etc. Par extension, dʼautres y voient un moyen de contribuer au développement durable de lʼespace urbain en créant un environnement végétalisé, plus vivant, encourageant les mobilités douces et lʼexercice physique.

La marche est une activité qui peut sʼinscrire dans une pratique sportive encadrée mais elle prend la plupart du temps sa place dans le quotidien1. Elle fait lʼobjet dʼune politique incitative à la fois sanitaire (liée aux questions de sédentarité et dʼobésité) et urbanistique, donnant lieu à des prescriptions. Celles-ci visent à donner des repères de pratique et contribuent à la diffusion dʼoutils de mesure de cette activité pourtant la plus ordinaire qui soit. Appréhendée surtout par des travaux en urbanisme ou pour les sciences du sport, par les sciences de la vie (Watelain, 2017), la marche ordinaire et quotidienne reste assez délaissée par les travaux des sociologues de lʼactivité physique alors même que les études récentes montrent que cʼest surtout dans les déplacements, souvent utilitaires, que la quantité dʼactivité physique augmente significativement et contribue à lʼamélioration de la santé (Duncan et al., 2016).

Lʼobjectif de cet article est de faire une revue de littérature des travaux de sciences sociales appréhendant la marche comme objet dʼétude et de connecter ceux-ci à une réflexion sur son rôle dans lʼamélioration de la santé.

2 La marche au cœur des politiques de santé : prescriptions et repères

Parmi lʼensemble des préconisations relatives à lʼactivité physique proposées dans les textes, que ce soit au niveau international ou national, la marche en tant quʼactivité quotidienne de base pour tous est présentée comme un facteur de santé et de prévention. Ces préconisations sʼappuient sur les travaux dʼorganismes internationalement reconnus travaillant sur les liens entre activité physique et santé. Ainsi, les principales associations américaines : lʼAmerican College of Sports Medicine (ACSM), lʼAmericain Heart Association (AHA), le Center for Disease Control and Prevention (CDCP) font de la marche quotidienne la référence de base des pratiques de maintien de la santé pour le public adulte et surtout vieillissant et construisent lʼétalon des 30 minutes dʼactivité quotidienne (ACSM, 1995). Les bénéfices de la marche se font ressentir pour tous les usagers quel que soit lʼâge, pourtant plusieurs travaux affirment que les bienfaits pour la santé augmentent avec lʼâge. Shephard, (2008) de lʼUniversité de Toronto a, ainsi, remarqué que la pratique de la marche à hauteur de 22 minutes par jour pendant 5 jours a des effets sur les personnes âgées. Kramer et al. (1999) ont montré en analysant une cohorte de personnes âgées entre 60 et 75 que la pratique de la marche avait un meilleur effet sur les réflexes et sur les fonctions cognitives en général que dʼautres activités physiques comme le fitness. Dans leur rapport de 2012, Cooper et Hancock arrivent à la conclusion que la marche a de nombreux effets positifs sur la santé mentale des usagers. La marche permet effectivement une réduction des symptômes physiques associés au stress et à lʼanxiété en permettant une augmentation de la qualité du sommeil. Elle est également associée à de meilleures performances. De plus, les auteures rappellent les résultats dʼune analyse anglaise sur les activités en plein air (green exercice en anglais) qui montrent que 94 % des marcheurs interrogés se sentent en meilleure santé psychologique grâce à cette pratique. La pratique de la marche devient dʼailleurs un indicateur de bien-être et de la qualité de vie dans les documents de lʼOrganisation de coopération et de développement économique (OCDE/Fit, 2012).

LʼOrganisation mondiale de la Santé (OMS), la Fédération internationale de médecine du sport (1995) et lʼUnited States Department of Health and Human Services (1996) reprendront lʼindicateur de 30 minutes de marche active par jour comme étalon de santé. On retrouve, en outre, ce référentiel dans les textes de cadrage politique des organismes internationaux comme lʼOCDE (Policies for Healthy Ageing), ou encore le programme Healthy Ageing (Berenson, 2007) co-financé par lʼUnion européenne et impliquant lʼOMS. Il se décline également au niveau national que ce soit dans le Plan national nutrition santé 1 (2001–2005) dans lequel est écrit quʼil faut « encourager la population entière à faire au moins lʼéquivalent de 30 minutes de marche rapide chaque jour », ou dans les guides de lʼInstitut national de prévention et dʼéducation à la santé (INPES, 2006). Cependant les travaux portant sur la quantité journalière optimale de marche ne sont pas tous dʼaccord sur les étalons à retenir. Si dans certaines publications et textes internationaux (OMS, American Heart Association) les 10 000 pas ont pu être repris, ils sont parfois discutés. Tudor-Locke et al. (2008) précisent que cet indicateur nʼest valable que pour les personnes sans problèmes de santé et ne convient pas à tout le monde. Alors que les enfants doivent en faire plus, plusieurs adultes devront viser plus bas. Pour les plus sédentaires parmi ces personnes, un objectif de 7500 pas serait plus réaliste. La chercheuse a établi à 5000 pas par jour le minimum à marcher pour sortir de la sédentarité. Sous ce seuil, les gens sont plus souvent obèses et souffrent davantage de maladies cardiovasculaires et de diabète.

La marche est présentée comme une forme dʼactivité à privilégier et sʼinscrit pleinement dans une démarche de lutte contre lʼinactivité et les habitudes sédentaires dans la vie quotidienne ; quʼil sʼagisse dʼune marche « outil » dans le cadre de mobilités actives (préférer la marche à la voiture pour les déplacements courts, descendre un ou deux arrêts avant sa destination, préférer les escaliers à lʼascenseur, etc.) ou dʼune marche plus « sportive » pratiquée dans le cadre des loisirs.

3 La mesure urbanistique des possibilités de marche en lien avec la question de la sédentarité et de lʼobésité : la marchabilité

La pratique de la marche dépend fortement de lʼenvironnement notamment pour les personnes fragiles comme, par exemple, les personnes âgées. Les études sur la marche (Montel et al., 2012) montrent que lʼabsence dʼaménagements dédiés est le premier obstacle limitant la pratique des modes actifs. Pour la marche, Cooper et Hancock (2012) montrent quʼen plus de permettre un accroissement du nombre de piétons, lʼaugmentation du nombre dʼaménagements favorables à la marche donne une meilleure image à la pratique. Parmi les éléments relatifs à lʼenvironnement construit favorables à la pratique de la marche, Cooper et Hancock (2012) identifient la surface, lʼaccessibilité des transports en commun, la densité et la mixité fonctionnelle, la présence de zones piétonnes, des limites de vitesse faibles et les places de parking disponibles comme étant des facteurs déterminants. La capacité dʼun environnement à être favorable aux piétons fait dʼailleurs lʼobjet de nombreuses études urbanistiques autour du concept de walkability (marchabilité). Nombre de facteurs associés à la forme urbaine en général et à lʼaménagement en particulier peuvent influencer les comportements de marche, tout particulièrement chez des groupes précis comme les personnes âgées ou autres individus souffrant de divers limitations et handicaps. Des dimensions subjectives peuvent être associées à la perception de lʼindividu de ses capacités, ou encore à ses représentations du risque et de la sécurité (Negron-Poblete & Séguin, 2012).

Les aménageurs ont investi cette problématique récemment pour remettre en cause les principes des logiques fonctionnelles qui gouvernaient leur travail. La métropole sʼest bâtie sur une démarche qui vise à spécifier les espaces et faciliter les mobilités entre les lieux. Que les mobilités soient assurées principalement en transports en commun (modèle européen) ou en voiture (modèle américain), lʼimportant réside dans le dimensionnement des infrastructures pour permettre la fluidité des déplacements. Ce faisant, les réussites passées des urbanistes sont parfois allées à lʼencontre des politiques de santé actuelles. Plusieurs indicateurs apparaissent aujourdʼhui comme des éléments centraux dʼune ville qui facilite une vie saine en réduisant les facteurs de risque dʼobésité et des problèmes de santé qui en découlent (Dupuy, Minster et Watel, 2011).

Le premier indicateur majeur est lié à la densité urbaine. Pour de nombreux auteurs, lʼétalement urbain a augmenté le risque dʼobésité. Des auteurs américains ont chiffré les effets de cette stratégie de développement des villes sur la santé de la population. Pour Zhao et Kaestner, 2009, si les centres villes nʼavaient pas réduit leur densité, le taux dʼobésité serait de 13 % inférieur à sa valeur actuelle. Lopez (2007) montre que 1000 personnes en plus par km2 réduit de 2,2 % le risque dʼobésité. Plusieurs auteurs (Ewing et al., 2003 ; Stafford et al., 2007) ont ainsi observé une corrélation entre les espaces périphériques et lʼobésité.

Néanmoins, ces résultats sont aussi contestés par dʼautres études (Bernell et al., 2003 ; Schoenborn et al., 2002). Et lʼexplication des corrélations ne suit pas systématiquement la même voie : Plantinga et Bernell, 2005 admettent que les individus qui sʼinstallent dans une ville dense ont plus de chance de perdre du poids. Mais ils notent également que les personnes ayant un Indice de masse corporelle (IMC) élevé ont peu de chance de sʼy installer.

La densité urbaine nʼest pas le seul indicateur, il faut la croiser avec lʼoffre de services et notamment récréatifs et alimentaires car lʼactivité physique et la nutrition sont les piliers de la santé. Le premier élément important est la présence dʼespaces verts. Tilt et al. (2007) montrent que lʼIMC est plus faible dans les zones urbaines qui bénéficient de plus dʼespaces verts. En se centrant sur les jeunes, Bell et al. (2008) observent que la présence dʼespaces verts réduit le risque dʼaugmentation de lʼIMC. Au niveau de lʼoffre de service alimentaire, la présence de supermarchés qui vendent des produits frais dans un quartier réduit de 10,3 % le risque dʼobésité (Lopez, 2007). Cette étude américaine est corroborée sur le vieux continent par les travaux de Stafford et al. (2007) qui établissent une corrélation négative entre lʼoffre de supermarché et lʼIMC. Enfin, Currie et al. (2009) démontrent que la présence dʼun fast food à moins dʼ1/10 miles (160 mètres) dʼun collège augmente de 5,2 % le taux dʼobésité pour les élèves de 3e.

Le dernier indicateur majeur est lié au mode de transport utilisé. Un fossé sépare les personnes qui utilisent des transports motorisés et celles qui font de la marche un moyen de déplacement principal. Giles-Corti et al. (2003) affirment que lʼaccès permanent à un véhicule motorisé est négativement associé à lʼobésité. Ces résultats sont chiffrés par dʼautres auteurs. Bell et al. (2002) estiment à partir dʼune étude menée sur la Chine que le transport motorisé augmente de 80 % le risque dʼobésité. Frank et al. (2004) révèlent quʼaux États-Unis, une heure quotidienne passée dans la voiture en plus augmente de 6 % le risque dʼobésité. Par opposition, le transport pédestre aurait des effets bénéfiques sur la santé. Les mêmes auteurs estiment quʼ1 km de marche en plus par jour réduit de 4,8 % le risque dʼobésité.

Dès lors, la question de la « marchabilité » est centrale. Elle est liée à plusieurs facteurs. Un quartier est marchable lorsquʼil bénéficie : dʼune forte densité résidentielle, dʼune forte mixité fonctionnelle, dʼune forte connectivité des rues, dʼun cadre agréable et sûr. Les résidents des quartiers marchables sont moins touchés par les problèmes dʼobésité (Saelens et al., 2003). Plus précisément, selon Frank et al. (2007), les quartiers marchables comptent deux fois moins obèses que les quartiers peu marchables. Ainsi, la marchabilité dʼun quartier devient un objectif constant pour lʼaménageur qui est désormais responsable de la santé publique. En effet, 5 % de marchabilité en plus réduirait lʼIMC de 0,23 (Frank et al., 2006).

Cʼest dans cette perspective que des mesures de cette marchabilité voient le jour sous différentes formes aux quatre coins du monde comme par exemple le Pedetrian Level of Service développé par les Suisses Lavadinho et Pini (2005) ; le dispositif dʼaudit « SWEAT-R » expérimenté à Portland et Vancouver (Chaudhury et al., 2011) ; ou encore lʼindice développé en Australie par Leslie et al. (2007) à partir dʼun Système dʼInformation Géographique dans le cadre de lʼétude PLACE (Physical Activity in Localities and Community Environments).

La notion de «smart city» sʼappuie sur une volonté de créer un environnement plus durable qui répond aux besoins de la population (Dameri, 2013). Les technologies de lʼinformation et de la communication représentent un moyen privilégié pour assurer les interactions entre les acteurs à tous les niveaux. Aujourdʼhui, de nombreux outils de « tracking » permettent à la fois de restituer le volume dʼactivité mais aussi de repérer la localisation des pratiques (Althoff et al., 2017). De là, les aménageurs peuvent avoir un retour dʼinformation sur les espaces urbains appropriés par les marcheurs et ceux qui sont évités. Et inversement les aménageurs peuvent proposer des services de conception dʼitinéraires marchables pour répondre à la demande dʼactivité physique des habitants. Différentes applications dédiées à la téléphonie mobile proposent ce service ou sont actuellement en cours de développement. Cependant ce type de service ne garantit pas la participation de tous car tous les publics nʼont pas la même sensibilité à ces outils (Appiotti, 2017). Lʼactivation des personnes va de pair avec des politiques volontaristes dʼincitation à la marche multiformes.

4 Conclusion : la marche, un objet de recherche à développer

Finalement la marche est un objet de recherche au carrefour de questions plurielles. De santé dʼabord, parce quʼelle a un impact direct sur celle-ci et que les modes de vie sédentaires contribuent à sa diminution. À ce titre, elle interroge classiquement les dimensions sociologiques qui interviennent sur sa pratique (âge, sexe, milieu social…) mais aussi comment sʼinscrivent les modes actifs de déplacement dans des modes et des parcours de vie singuliers. Pour quʼune pratique physique soit efficace et notamment en ce qui concerne la marche, il est nécessaire que la personne sʼy engage, cʼest-à-dire quʼelle y participe et quʼelle le fasse dans la durée. Il sʼagit dʼune part de réintroduire la marche dans le quotidien alors que ni les modes de vie des personnes, ni leurs conditions de santé nʼy étaient peut-être propices ; et dʼautre part de sʼengager dans une véritable pratique dʼactivité physique, ce qui nʼest pas sans poser un certain nombre de problèmes. En effet, comment sʼengager et/ou se réengager dans une pratique au moment où lʼon se sent peut-être spontanément le moins disposé à le faire (notamment pour les publics les plus fragiles) ? Comme le précisent Barth, Perrin & Camy (2014), cette question se complique avec des personnes qui nʼont préalablement pas construit de dispositions à lʼengagement dans une pratique physique, ni dʼailleurs à lʼentretien de soi.

Travailler sur la marche invite aussi à questionner les politiques publiques quʼelles soient liées à lʼaménagement urbain ou à la santé comme le fait Touboul et al. (2011) sur le projet 4 S (sport santé senior Saint-Roch) à Nice. Des itinéraires de marche santé ont ainsi été tracés dans le quartier Saint-Roch à Nice. Un itinéraire de 2 km est suggéré par une signalétique spécifique. Destiné en priorité aux personnes âgées, il permet de stimuler la pratique de la marche tout en sʼadaptant aux possibilités de chacun. Des parcs et squares offrent des possibilités de pauses tandis que la proximité avec la ligne de tramway garantit une alternative pour revenir à son point de départ. Dans une perspective méthodologique plus sophistiquée, cʼest aussi dans cette perspective que sʼinscrit lʼétude pluridisciplinaire « Vieillir en ville : étude des pratiques spatiales et des mobilités actives des personnes âgées à Champigny-sur-Marne » (Mobillion & Nader, 2013) qui a combiné des informations recueillies par une enquête quantitative et des outils comme la carte mentale, la reconnaissance des trajets sur le plan de la ville, ou encore les discussions lors de «focus-groups» afin dʼétablir des profils de mobilités distincts, dʼidentifier des personnes aux mobilités réduites et de révéler des freins et des barrières individuelles et collectives au sein de la commune de Champigny-sur-Marne.

Lʼenjeu de recherche central réside sans doute essentiellement dans la liaison entre ces deux dimensions centrales celles de santé en lien avec les paramètres sociologiques et celles de lʼaménagement urbain et des politiques publiques locales favorisant la pratique la marche. Lʼun des enjeux de recherche est de mieux mesurer les mobilités actives, la marche notamment, dans un contexte de « vie réelle », et de mieux identifier leurs lieux de pratique. Des outils peuvent dans cette perspective être utilisés afin de recueillir des données basées sur la combinaison de capteurs de mouvements (GPS et accéléromètre) afin dʼidentifier la marche au quotidien et dʼestimer sa part dans lʼactivité physique totale dʼun individu mais aussi de localiser les lieux de pratique de ces activités dans la vie de tous les jours. Une telle méthodologie mériterait dʼêtre développée mais nécessiterait comme le proposent Misslin et al. (2015) dʼêtre complétée par un questionnaire ou un carnet de suivi des déplacements quotidiens, permettant un recueil de données plus précises à la fois sur les dimensions sociologiques et de santé de lʼindividu mais aussi des motifs et des objectifs des déplacements comme des difficultés rencontrées. Une véritable politique dʼencouragement à la marche ainsi que des plans dʼaménagement pourraient alors être pensés. Ce sujet qui occupe plus classiquement les géographes de la santé peut sʼinscrire selon nous dans les préoccupations des sociologues spécialistes de lʼactivité physique en ouvrant une perspective originale de recherche.

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La marche à pied représente en 2008 le deuxième mode de transport couvrant 23 % des déplacements en semaine : 37 % dans les villes centres et 56 % à Paris.

Citation de l’article : Collinet C & Schut P-O (2019) Encourager la marche en ville : revue de littérature. Mov Sport Sci/Sci Mot, 106, 1–6

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