Issue
Mov Sport Sci/Sci Mot
Number 107, 2020
Les enjeux sociaux des jeux olympiques / Social impacts of Olympic Games
Page(s) 3 - 15
DOI https://doi.org/10.1051/sm/2019029
Published online 22 November 2019

© ACAPS, 2020

1 Introduction

Paris a obtenu le droit d’organiser les Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024 après plusieurs candidatures infructueuses. Cette décision du CIO cristallise la capacité de la France, de ses acteurs publics (services d’État et collectivités locales), de ses organisations sportives et de ses entreprises à organiser régulièrement de Grands événements sportifs internationaux (GÉSI). Le Tour de France ou le tournoi de tennis Roland Garros figurent parmi les plus grands événements récurrents. Depuis 2016, la France a notamment accueilli l’Euro masculin de football, les championnats du monde masculin de handball en 2017, l’Euro féminin de handball, les Gay Games et la Ryder Cup en 2018, la coupe du monde féminine de football en 2019 et elle accueillera la coupe du monde de rugby masculine en 2023, etc. La France compte certainement parmi les pays du monde qui organisent le plus de GÉSI. Elle a su construire au fil du temps de vrais savoir-faire d’abord en ce qui concerne l’organisation des compétitions (déroulement, sécurisation, médiatisation, etc.) mais aussi en ce qui concerne l’activation des politiques publiques d’accompagnement destinées à faire partager l’événement par une bonne partie de la population, bien au-delà des seuls (télé)spectateurs. Parce que ces grands événements sportifs mobilisent des financements (notamment publics) considérables, tant en termes d’investissement (infrastructures de transport, d’hébergement, de communication et équipements sportifs spécialisés) que de fonctionnement, les questions de la rentabilité économique et sociale et celle de l’acceptabilité par les habitants-électeurs-contribuables sont devenues centrales et conditionnent les décisions politiques. Pour éclairer ces enjeux, de nombreuses études sont réalisées en amont et/ou en aval des événements. Depuis une trentaine d’années, elles ont largement privilégié le calcul de l’impact économique et de l’utilité sociale (voir notamment Baade & Dye 1990 ; Barget & Gouguet, 2010 ; Kesenne, 1998) et ont éprouvé quelques difficultés à analyser certains impacts sociaux qui apparaissent plus diffus, non mesurables et de plus long terme (Wicker, Hallman, Breuer, & Feiler, 2012).

Par sa taille (51 matches, 2,5 millions de spectateurs dont près de 600 000 supporters étrangers accueillis), par ses caractéristiques économiques (847 millions d’euros de bénéfices pour l’UEFA1), parce qu’il s’est déroulé une année avant la décision du CIO de confier les JOP 2024 à Paris, l’Euro masculin de football, organisé en France pendant l’été 2016, aura constitué une nouvelle étape dans les débats qui animent les sphères universitaires et journalistiques mais aussi les acteurs concernés par l’organisation de l’événement et par les dispositifs d’accompagnement. La présente contribution rend compte d’une étude (Charrier & Jourdan, 2019a) réalisée entre l’automne 2015 et juin 20172 sur l’impact social de l’Euro 2016 en Île-de-France, en partenariat avec l’Association Nationale des Directeurs et Intervenants d’Installations et des Services des Sports (ANDIISS) et trois collectivités placées en « première ligne » : les villes hôtes de Paris et de Saint-Denis et le conseil départemental de la Seine-Saint-Denis. Cette étude qui, par l’appui des partenaires, aura pris une dimension inédite, s’inscrit dans un processus d’études engagé en 1999. La contribution montre d’abord comment notre équipe a progressivement construit et testé un cadre d’analyse et une stratégie de recherche (objectifs et techniques d’observation) sur l’impact social des grands événements sportifs. Puis, elle éclaire la diversité, la complémentarité et la productivité des techniques qualitatives et quantitatives déployées dans les territoires étudiés. Enfin, après avoir dressé un état des lieux de la littérature relative à l’impact social des événements sportifs, elle propose un périmètre définitionnel de l’impact social des GÉSI. Cette structuration rompt volontairement avec les modes de présentation devenus habituels, voire formatés par les normes de publication : reprenant le déroulement chronologique de nos travaux, elle privilégie d’abord la démarche empirique qui s’est déroulée pendant près d’une vingtaine d’années et qui a permis notamment de modéliser a posteriori le périmètre de l’impact social des événements et non de le poser comme un postulat de départ.

2 Une démarche empirique au service de la modélisation

L’étude sur l’impact social de l’Euro 2016 s’inscrit dans une histoire collective, avec des équipes de recherche différentes, ponctuée par plusieurs études. La stratégie déployée en Île-de-France cristallise les enseignements théoriques et méthodologiques tirés de plusieurs études empiriques, menées depuis la fin des années 1990. Si la présentation comparée et chronologique de ces expériences permet de revisiter rapidement les débats théoriques et méthodologiques, elle donne surtout à voir la construction progressive de notre stratégie de recherche (Charrier & Jourdan, 2019b). Ces différents terrains d’enquête, caractérisés par la singularité des contextes, des modalités d’organisation, des acteurs impliqués mais aussi par celles des objectifs et des dispositifs d’observation, auront nourri un véritable processus de sédimentation, mixant des intuitions, des expérimentations notamment au plan méthodologique, des résultats provisoires et d’une certaine manière préparant le terrain à l’enquête suivante. Ainsi, nous serons passés au fil du temps de la mesure de l’impact économique à l’analyse des impacts sociaux (processus et effets).

La première étude a concerné l’impact économique de la coupe du monde de marche qui s’est déroulée en 1999 à Mézidon-Canon, commune de 5000 habitants située aux environs de Caen. L’originalité de cette étude3, pour nous fondatrice, réside d’une part dans son contexte (une enclave ouvrière dans une zone rurale, une dynamique locale particulièrement forte) et, d’autre part, dans la volonté des organisateurs de prendre appui sur l’événement sportif pour lancer, à partir de la randonnée pédestre, un projet touristico-sportif à même d’impulser un développement économique et social du territoire. Cette étude – qui a combiné des méthodes quantitatives (sur les attentes des spectateurs et des randonneurs) et qualitatives (sur les capacités d’engagement des acteurs publics, associatifs et privés dans le projet touristico-sportif) – a d’abord relativisé l’importance et illustré la diversité des impacts économiques qu’ils soient directs, indirects, induits, relatifs à l’aménagement du territoire. Dans ce cadre, nous pouvons aussi souligner les effets de concentration des financements publics sur un micro-territoire même s’ils s’organisent certainement au prix d’effets négatifs en d’autres territoires non concernés par l’événement (et potentiellement privés des financements publics concentrés sur l’événement) et donc par le dispositif d’observation. Elle nous a surtout incités à porter l’éclairage sur les impacts sociaux en montrant la puissance explicative du contexte local, largement à l’origine de la capacité exceptionnelle de mobilisation de ce territoire. Le principal impact de cette coupe du monde a concerné les modalités d’implication des habitants et des responsables locaux rassemblés autour de Martial Fesselier4 qui, par leur engagement, leur solidarité, leurs compétences, sont parvenus à inscrire le nom de Mézidon-Canon, modeste bourgade normande, dans la liste des villes organisatrices de cet événement récurrent et, surtout, à battre Sydney qui souhaitait faire de ce « petit » événement une répétition des Jeux Olympiques de 2000.

La deuxième étude est constituée d’une approche comparée de l’impact local d’un match lors de la coupe du monde de football (2006) et de la coupe du monde de rugby (2007). L’Office franco-allemand de la Jeunesse (OFAJ), en collaboration avec le Comité national olympique et sportif français (CNOSF), a proposé, dans un objectif de rencontres interculturelles, à des étudiants français et allemands de réaliser une étude d’impact local des grands événements sportifs, en prenant appui sur un match de la coupe du monde de football organisée en Allemagne en 2006 et sur un match de la coupe du monde de rugby organisée en France en 2007. Cette micro-étude5, à la vocation exploratoire évidente, a permis de mettre en avant les logiques internes et les différences culturelles des activités sportives concernées. Elle a aussi encouragé nos premières réflexions sur les dispositifs d’animation et de prévention développés dans les quartiers urbains en difficultés pendant les événements sportifs, la gestion et les motivations des volontaires, la localisation et la conception des espaces « grands écrans » alors peu répandus (Haferburg, Golka, & Selter, 2009). À cet égard, cette première expérience en « fan zones » a permis de définir et de tester une manière de faire pour observer discrètement et efficacement les espaces urbains de retransmission, avec des fiches permettant par exemple de caractériser la situation, l’aménagement de l’espace, l’ambiance et son évolution au gré du score, les comportements des spectateurs, la gestion de la foule et des éventuelles tensions par les forces de l’ordre, etc.

La troisième phase, partiellement connectée avec le point de vue précédent, a concerné une étude de plus grande envergure sur l’impact économique et social de la coupe du monde de rugby 2007. Dans ce cadre, à la demande de la Direction Régionale de la Jeunesse et des Sports de l’Île-de-France (DRIF), notre équipe a conduit l’étude d’impact économique et d’utilité sociale pour cette région6 à partir du guide méthodologique conçu par le Centre de Droit et d’Économie du Sport de l’université de Limoges (Barget & Gouguet, 2007). À notre initiative, il a été décidé de compléter le dispositif quantitatif élaboré au niveau national par trois études monographiques déployant une méthodologie qualitative visant à analyser les effets sociaux de l’événement7. Cette étude aura d’abord permis de nourrir le débat qui anime les spécialistes des études d’impact et qui porte essentiellement, au-delà des aspects techniques, sur le choix entre « mesure » et « analyse » des différents impacts. À partir de l’observation des usages sociaux des espaces de retransmission et d’animation et des entretiens avec les responsables politiques et techniques des collectivités concernées et les porteurs locaux de projets (qu’ils soient publics ou associatifs) cette étude a renforcé nos analyses sur la puissance explicative des contextes locaux, en pointant notamment la diversité des projets socio-éducatifs développés en Ile-de-France avec une attention particulière portée aux actions développées en milieu scolaire, en direction des jeunes filles et à ceux ayant une dimension internationale affirmée ; l’effet d’expérience accumulé ou non par les territoires ; la singularité des histoires locales, qu’elles soient sportives (le rapport à l’activité concernée par l’événement, la force ou la faiblesse des organisations sportives présentes sur le territoire, etc.) ou non sportives (histoire sociale du territoire, politiques publiques développées, etc.).

Le co-encadrement de deux thèses8 a permis aussi de nourrir la réflexion collective. La première thèse (Castilho, 2016) a porté sur l’analyse des impacts sociaux de la coupe du monde de football de 2014 au Brésil, dans un contexte très différent de ceux observés jusque-là. Si, à partir d’une démarche qualitative développée dans quatre villes d’accueil (Manaus, Recife, Rio de Janeiro et Belo Horizonte), elle a identifié des projets visant des publics cibles originaux (prostitué · e · s, indiens, habitants des favelas, enfants exposés au tourisme sexuel ; – Castilho, Evrard, & Charrier, 2017), elle a aussi analysé les processus de décision des organisateurs de l’événement – tant au niveau national que local – et souligné le rôle crucial des habitants dans la réussite de la coupe du monde au travers de leur accueil des visiteurs et de leur manière singulière de fêter le football. Enfin, elle a créé les conditions pour que les mouvements d’opposition aux grands événements sportifs, qui ont pris de l’ampleur au Brésil dès 2013, soient aussi intégrés dans l’analyse des impacts sociaux des grands événements sportifs. Fondée sur une nouvelle typologie des événements sportifs, élaborée à partir d’un recensement extensif des événements parisiens récurrents, la deuxième thèse (Bourbillères, 2017) a notamment permis de conceptualiser les « volontés premières », objectifs politiques définis et affichés par le porteur de l’événement, qu’il soit public, associatif ou privé. Elle a aussi montré le rôle central de l’acteur public dans la mise en œuvre des événements et a éclairé la relation immatérielle qui se noue entre l’événement et son territoire hôte, confirmant ainsi la force des dynamiques locales et renvoyant chaque événement étudié à son ancrage territorial et à sa résonance sociale, dans des contextes locaux singuliers (ici des arrondissements parisiens voire des quartiers). Au plan méthodologique, elle repose sur un dispositif qualitatif diversifié et particulièrement dense, fondé notamment sur de nombreux entretiens et sur des observations participantes donnant lieu à des « notes d’observations narratives » (Bourbillères, Charrier, & Evrard, 2017) expériences très utiles au moment de formater le dispositif méthodologique de l’étude sur l’impact social de l’Euro 2016.

L’ensemble de la chronologie est résumé dans la figure 1.

Combinées aux travaux que nous menons, depuis le début des années 1990, sur l’utilisation des activités sportives et artistiques à des fins de prévention, d’animation et d’insertion dans les territoires dits « en difficultés » (Charrier & Jourdan, 2015), ces différentes études sur l’impact des événements sportifs, réalisées dans des contextes différents, avec des moyens plus ou moins importants et à chaque fois des finalités particulières, ont constitué un ensemble de données, d’analyses, de savoir-faire méthodologiques que nous avons mobilisé pour construire la stratégie de recherche sur l’impact social de l’Euro 2016 en Île-de-France. Celle-ci « se démarque volontairement de la mesure de l’utilité sociale et privilégie l’identification et l’analyse des effets sociaux et des processus qui les sous-tendent, avant, pendant et après l’événement. En conséquence, elle se refuse à envisager un impact social agrégé, comme le fait le calcul de l’utilité sociale, mais envisage les impacts sociaux dans toute leur diversité » (Charrier & Jourdan, 2019b). Pour ce faire, elle privilégie trois entrées : les habitants, qu’il s’agisse de tous les habitants ou de publics dits « cibles » ; les organisations dans toute leur diversité et, enfin, les territoires.

Ces choix théoriques et méthodologiques construisent une posture fondée sur l’analyse des « dynamiques sportives locales » (Charrier & Jourdan, 2009) et la prise en compte des singularités territoriales et des spécificités de l’activité sportive dans les impacts induits par les GÉSI, rejetant ainsi l’idée qu’il serait possible de construire une méthodologie de mesure utilisable pour tous les événements sportifs.

thumbnail Fig. 1

Les différentes études menées sur les événements sportifs.

3 La diversité et la productivité des outils méthodologiques

L’éloignement de la mesure au profit d’une volonté de compréhension des effets et des opportunités qu’ils représentent pour la structuration des territoires donne lieu à la construction d’une méthodologie combinant des outils qualitatifs et quantitatifs, afin de s’adapter au mieux à la diversité des externalités sociales générées par l’Euro 2016.

Le premier outil est le recensement « extensif » des projets liés à l’événement, qui a résulté d’une interrogation volontairement tous azimuts de l’ensemble des acteurs franciliens potentiellement concernés par l’Euro9 : les collectivités locales, les communes de plus de 1000 habitants, les structures intercommunales, les conseils départementaux, le conseil régional d’Île-de-France, les adhérents de l’ANDIISS, les services déconcentrés du ministère des Sports de l’État (DDCS et DRDJSCS), les organisations sportives, les districts et la ligue régionale de football, les CDOS et le CROSIF, les OMS10 de Paris, les comités départementaux des fédérations scolaires et affinitaires, etc. Il s’est d’abord agi de recenser le maximum de projets ayant une dimension sociale, puis de recueillir pour chacun d’entre eux les principales données : localisation géographique, date, durée, objectifs, modalités d’organisation, porteur du projet, publics visés, financeurs, partenaires, budget. Plusieurs choix empiriques nous ont amenés à repérer des « points d’impact » pour chaque projet : ils concernent le territoire administratif (commune, arrondissement, structure intercommunale, département, région) sur lequel s’est déroulée l’action et/ou dont sont issus les publics participant à l’action. Autrement dit, un projet (un tournoi de football intercommunal organisé par un club par exemple) peut s’inscrire dans un dispositif (par exemple « Tous Prêts », développé par la fédération de football et le ministère des Sports) et avoir plusieurs points d’impact puisque les équipes proviennent de plusieurs communes. Il a été choisi de descendre au niveau le plus local possible, ce qui a permis d’identifier plus de 600 occurrences générant une cartographie des points d’impact en Île-de-France (Fig. 2) ainsi que l’identification de nouveaux réseaux d’acteurs (Fig. 3).

Le deuxième outil est constitué des entretiens et ateliers auprès d’acteurs clés (n = 71) donnant lieu à une analyse de contenu catégorielle thématique. D’une durée comprise entre une et deux heures11, ils se sont déroulés avec trois catégories d’acteurs : les représentants des collectivités locales (élus ou responsables de services), les porteurs de projets (dirigeants sportifs ou intervenants de terrain) et les acteurs régionaux ou nationaux, qu’ils soient publics ou sportifs. Les principales thématiques abordées concernent l’Euro dans la politique globale de l’organisation rencontrée, le processus de formalisation du projet d’accompagnement et les impacts du projet. Plusieurs ateliers se sont déroulés avec différents acteurs parisiens (des représentants de la direction des Sports, de la direction de la Cohésion Territoriale, un membre de cabinet d’une mairie d’arrondissement, des acteurs sociaux des 13e et 19e arrondissements) et séquano-dionysiens (des membres du réseau des directeurs des sports, les directeurs des Sports de la communauté d’agglomération de Plaine-Commune, et les responsables de service de la ville de Saint-Denis) ; avant (entre décembre 2015 et juin 2016), pendant (10 juin 2016 au 10 juillet 2016) et après l’Euro (entre septembre 2016 et juin 2017). Ces entretiens ont été complétés par de nombreuses discussions informelles autour des projets, notamment lors des observations participantes qui ne sont pas comptabilisées dans le tableau 1.

Un troisième outil réside dans les séquences d’observations pendant l’événement dans les lieux dédiés (stades et fan zones) et appropriés (espaces publics). Elles ont permis d’analyser la manière dont l’événement s’est vu et vécu dans la ville. Dans les fan zones (9 séances à Paris et 9 à Saint-Denis) des observations alternativement statiques et mobiles ont utilisé les techniques envisagées a priori dans le prolongement des expériences précédentes : « la filature » consistant en un suivi discret des groupes et une prise de contact quand cela était possible, « l’observation postée » notamment à l’entrée de la fan zone ou devant les écrans. Il s’est agi d’observer, à partir d’une fiche, les usages et sociabilités, l’enchaînement des activités (concert, discussion, match, après match, etc.), les mobilités (flux, modalités d’arrivée et de départ, modalités de regroupement, lieu d’habitation, etc.), le rapport des habitants à l’événement (implication sportive ou festive, sentiment d’exclusion, nuisances, etc.), la présence des projets choisis dans les fan zones ou encore la place des publics spécifiques (filles, jeunes des quartiers relevant de la politique de la Ville, personnes à mobilité réduite). Un autre ensemble d’observations a concerné les espaces publics (n = 11) sous la forme de « circuits déambulatoires » (Fig. 4) assurés par des équipes d’enquêteurs. Cette mobilité a permis d’observer les lieux les plus révélateurs (les bars assurant des retransmissions et/ou regroupant certains groupes de supporters par exemple) en éclairant certains contrastes dans les quartiers où l’événement se vivait moins. Deux méthodes de collecte ont été employées pour ces observations : la prise de note accompagnée de photographies et le remplissage de fiches d’observation en analysant les lieux (marquage urbain visuel et sonore), les activités (le déroulement des projets, les effets observables) et les publics (la composition des groupes interrogés, les usages et les impacts perçus). Cette technique a produit des récits d’ambiance et des photographies (Fig. 5) venant compléter les autres outils de collecte.

Un quatrième outil tient dans les 949 questionnaires qui ont été administrés dans les fan zones parisiennes (n = 497) et dionysiennes (n = 452) afin de recueillir des données sur les usages, les sociabilités et les impacts perçus par les franciliens. La passation, qui s’est déroulée sur 10 dates, a mobilisé 26 enquêteurs (étudiants et doctorants en sciences de gestion et/ou sciences sociales du sport) sous la responsabilité de plusieurs membres de l’équipe. Elle débutait 1 h 30 avant le début des matchs et se terminait environ 30 minutes après le coup de sifflet final. Les spectateurs étaient sélectionnés de manière aléatoire, les enquêteurs ayant pour consigne de suivre un itinéraire standardisé (chaque groupe se répartissant sur une zone définie à l’avance) et d’interroger la première personne adulte disponible. Ces précautions ont permis de maîtriser autant que possible les différents biais inhérents au déploiement de la méthode dans ce contexte. La première question servait à filtrer les personnes résidant en Île-de-France (condition préalable à la poursuite du questionnaire). S’ensuivaient 53 questions destinées à comprendre les usages de ces fan zones (provenance des spectateurs, raisons et modalités de leur venue, activités, sociabilités et consommations), à mesurer un ensemble d’impacts perçus (divertissement, bien-être, lien social, image du territoire, sentiment d’identité locale et/ou nationale, rapport au football et au sport en général, satisfaction, nuisances ressenties), à dresser des profils de spectateurs et à identifier des convergences et des divergences entre les deux fan zones.

Une analyse documentaire a également été menée en fil rouge. Elle a porté sur les documents mis à disposition par les collectivités et par les interlocuteurs lors des entretiens (notes aux élus locaux pour validation politique, descriptifs des différentes actions du programme d’accompagnement, dossiers et articles de presse, sites web, outils de communication, etc.) et a permis de prendre connaissance des projets, de reconstruire les processus d’élaboration et de validation, de choisir les objets d’observation les plus pertinents et d’identifier les personnes ressources. Par la suite, l’étude a porté sur les bilans internes réalisés par les services des collectivités étudiées et par un certain nombre d’acteurs rencontrés ex post.

Enfin, pour compléter cet éventail de méthodes, les membres de l’équipe ont participé à plusieurs colloques organisés par des collectivités locales et des organisations concernées par la candidature de Paris 2024. Souvent invités comme animateurs ou comme intervenants lors de ces initiatives (8), ces membres ont été en première ligne pour observer les jeux d’acteurs, les thématiques abordées ou oubliées, et les premiers enseignements à tirer de l’Euro dans une conjoncture où les préoccupations des uns et des autres étaient déjà largement tournées vers l’échéance olympique. Ce fut le cas, par exemple, lors d’une rencontre avec les acteurs sportifs de la Seine-Saint-Denis à l’invitation du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis et du CDOS (Aulnay, 23 Juin 2016), ou encore lors d’un débat organisé par la communauté d’agglomération de Plaine Commune et le conseil départemental de la Seine-Saint-Denis regroupant les acteurs économiques du département et le comité de candidature de Paris 2024, (Saint-Denis, 28 juin 2016) ou enfin lors de la soirée consacrée à l’Olympiade culturelle, à l’initiative du comité de candidature Paris 2024, de la ville de Paris et du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis (Bobigny, 22 septembre 2017).

Si les exemples cités inscrivent les questions traitées lors de l’Euro dans la perspective des JOP 2024, d’autres ont eu une dimension plus locale, insistant sur l’ancrage des GÉSI et soulignant que tous les territoires, pas seulement les territoires-hôtes, pouvaient se sentir concernés.

Le tableau 2 reprend l’ensemble du corpus de données.

En insistant sur la prise en compte des singularités de ces terrains et des spécificités de l’activité sportive, cet appareillage méthodologique à l’échelle d’un territoire apparaît original par la complémentarité des analyses qu’il a permis d’engendrer. C’est en outre sur cette base, ce cheminement empirique qu’un ensemble d’intuitions et d’analyses ont pu être confrontées aux modèles théoriques issus de la littérature.

thumbnail Fig. 2

Cartographie des points d’impact de l’Euro 2016 en Île-de-France.

thumbnail Fig. 3

Représentation des réseaux d’acteurs créés à l’occasion de l’Euro 2016 en Île-de-France.

Tableau 1

Récapitulatif des entretiens et ateliers réalisés.

thumbnail Fig. 4

Observations des bars et des lieux festifs parisiens effectuées entre le 10 juin et le 10 juillet 2016.

thumbnail Fig. 5

Photographie d’une œuvre de « street art » sur le parvis de l’Hôtel de Ville à Paris, dans le cadre du dispositif Place de l’Europe.

Tableau 2

Synthèse du corpus de données.

4 Les enjeux théoriques des impacts sociaux

Les impacts des grands évènements sportifs font l’objet d’une littérature académique assez foisonnante (Getz, 2007 ; Taks, 2013). Mais, comme le notent plusieurs auteurs (Balduck, Maes, & Buelens, 2011 ; Ohmann, Jones, & Wilkes, 2006), il n’existe pas de définition de l’impact social des événements sportifs qui fasse véritablement consensus. Nombre d’auteurs se réfèrent à une définition des impacts touristiques proposée par Hall (1992, p. 67), à savoir « des changements dans les systèmes de valeurs individuels et collectifs, les comportements, les structures collectives, les modes de vie et la qualité de vie ». La littérature offre par ailleurs une pluralité d’éclairages disciplinaires (économie, sociologie, gestion, psychologie, anthropologie) de l’impact social. Ainsi, par exemple, Gratton & Preuss (2008) adoptent une perspective économique et définissent l’impact social comme une composante de « l’héritage » d’un événement, à savoir l’ensemble des « structures planifiées ou non-planifiées, positives ou négatives, tangibles ou intangibles créées par l’événement et qui lui survivent ». À partir d’une approche plus anthropologique, Chalip (2006) montre que les événements sportifs engendrent un espace de « liminalité » propice à l’expression de valeurs sociales (« communitas »). Selon les sociologues Misener & Mason (2006), l’impact social est une expression des réseaux de relations sociales créés au sein du territoire qui accueille l’événement. Certaines définitions s’éloignent assez largement de l’approche contextualisée, territorialisée et empirique adoptée dans cette contribution, à l’image de Lee, Cornwell, & Babiak (2013) dont l’acception de l’impact social est applicable à une pluralité d’objets d’études relatifs au sport (pratiques, consommation de spectacles sportifs à la télévision) passant outre les particularités des événements sportifs. Dès lors, ces définitions ne doivent pas se concevoir comme les points de départ des différents travaux de recherche mais plutôt comme les conséquences des ancrages théoriques adoptés par les chercheurs dont nous essayons, dans les paragraphes suivants, de retracer un bref historique.

Dans les années 1980, les premiers travaux relatifs à l’impact social ont eu tendance à importer des cadres d’analyse issus du champ de l’économie. C’est notamment parce que les chercheurs se sont aperçus que la présence ou l’absence de retombées monétaires n’était souvent pas un critère suffisant pour déterminer le bien-fondé de l’accueil d’un événement qu’ils ont progressivement cherché à étendre leurs analyses aux retombées non-monétaires. Pour ce faire, plusieurs auteurs se sont appuyés sur la théorie du bien-être économique et ont déployé des analyses dites « coûts-avantages » (Baade & Dye 1990 ; Crompton, 1995 ; Kesenne, 1998 ; Taks, Kesenne, Chalip, & Green, 2011). À partir de méthodes construites pour révéler les préférences des personnes interrogées, ces analyses intègrent des dimensions non monétaires aux chiffres proprement économiques afin de calculer – en retranchant l’ensemble des coûts à l’ensemble des bénéfices – l’utilité sociale d’un événement pour un territoire. Ces travaux ont ainsi eu le mérite d’élargir des préoccupations auparavant purement économiques, en identifiant un ensemble d’effets « hors marché » des événements sportifs. Ils constituent donc un véritable point de départ dans la littérature relative à l’impact social des événements. Toutefois, ils présentent également plusieurs limites. Sur le plan théorique, la notion d’utilité sociale, dont la mesure est opérée par des variables économiques telles que le « surplus du consommateur » ou le « consentement à payer de l’impôt », réduit l’impact social à un simple arbitrage monétaire individuel. Qui plus est, elle ne mesure pas l’impact social mais plutôt ses conséquences, à savoir la satisfaction des personnes interrogées, agrégeant ainsi en une seule variable quantitative une multitude d’effets perçus. Sur le plan méthodologique, les difficultés sont nombreuses. En outre, le consentement à payer de l’impôt peut être appréhendé d’une manière très différente d’un individu à l’autre. Dès lors, la littérature s’est étoffée de nombreux autres apports, qui ont toutefois eu pour effet d’éclater le champ de recherche.

Depuis le milieu des années 2000, les approches se sont multipliées et les angles d’analyse diversifiés. En effet, plutôt que de considérer l’impact social comme un agrégat de dimensions qu’il s’agirait de synthétiser en une donnée quantifiable telle que le consentement à payer, les chercheurs ont au contraire entamé une entreprise de désagrègement de l’impact social en une diversité d’impacts sociaux afin d’explorer ces derniers plus en profondeur. Un nombre croissant de travaux s’intéresse ainsi à une dimension sociale particulière des événements sportifs. Une partie de la littérature est par exemple consacrée à leur effet « feel-good » (Maennig, 2008), autrement appelé « bien-être » (McCartney, et al., 2010) et qui désigne les bienfaits psychologiques associés « au plaisir d’assister à un évènement, d’y être impliqué en tant que bénévole, ou à la simple proximité de l’évènement pour les personnes n’y assistant pas » (Kavetsos & Szymanski, 2010). Un autre ensemble de travaux s’intéresse aux effets des événements sportifs sur le lien social au sein du territoire d’accueil, c’est-à-dire sur leur capacité à générer des relations mutuellement bénéfiques entre des individus ou des organisations (Schulenkorf, Thomson, & Schlenker, 2011 ; Sherry, Karg, & O’May, 2011). Certains auteurs ont mené des recherches relatives aux effets des événements sportifs sur l’identité locale (McCabe, 2006 ; Snelgrove, Taks, Chalip, & Green, 2008), nationale (Buffington, 2012 ; Hallmann, Breuer, & Kühnreich, 2013) et même ethnique (Heere, et al., 2016). Par ailleurs, une série d’études porte spécifiquement sur les proportions dans lesquelles les événements encouragent la pratique sportive (Weed, et al., 2009 ; Frawley & Cush, 2011). Si la littérature s’est particulièrement intéressée aux retombées positives, il convient néanmoins d’évoquer les travaux qui se sont penchés sur les aspects négatifs des grands événements sportifs. En effet, selon plusieurs auteurs, la communauté locale n’a, dans sa grande majorité, rien à gagner dans les événements sportifs d’ampleur, ceux-ci bénéficiant surtout aux élites économiques et politiques (Andranovich, Burbank, & Heying, 2001 ; Horne & Manzenreiter, 2006), aux côtés des touristes qu’Eisinger (2000) désigne sous l’expression « visitor class ». Les résidents seraient surtout confrontés à des désagréments : encombrement et problèmes de circulation, restrictions de l’accessibilité à certaines zones (Fredline & Faulkner, 2001), nuisances sonores (Kalipci & Arslan, 2007), hooliganisme et insécurité (Basson, 2014 ; Bodin, Robène, & Héas, 2005 ; Tsoukala, 2003), vandalisme, prostitution et autres comportements antisociaux que Fischer, Hatch, & Paix (1986) regroupent sous le terme de « hoon effect ». Une critique encore plus radicale perçoit la tendance à l’accueil croissant d’événements sportifs spectaculaires comme une transformation des territoires en parcs d’attraction géants générant une transition, du point de vue des populations locales, d’une citoyenneté active vers une forme de consommation passive (Glover, 2002). Cet éclatement du champ académique de l’impact social a bien évidemment eu pour corollaire la formation d’un véritable dédale théorique qu’il serait impossible de retranscrire de manière exhaustive ici. Parmi les principaux, citons la théorie de l’échange social (Fredline, 2005 ; Gursoy & Kendall, 2006 ; Kaplanidou, et al., 2013) qui permet de décrire l’attitude des résidents du territoire hôte comme le résultat de leurs perceptions des coûts et des bénéfices de l’événement ; les théories de l’attachement (Kim & Walker, 2012 ; Onyx & Bullen, 2000) et de l’identité sociale (Heere, et al., 2013) qui soulignent que l’impact social dépend en grande partie du degré de connexion des individus à leur communauté au sens large (l’ensemble de la population du territoire d’accueil) ; ou encore les théories relatives au capital social (Misener & Mason, 2006 ; Schulenkorf, et al., 2011 ; Skinner, Zakus, & Cowell, 2008) qui envisagent les événements comme des sources particulières de rencontres, permettant en outre à des individus de rompre leur isolement, ou à des communautés aux rapports conflictuels d’apaiser, au moins pour un temps, leurs tensions.

Pendant longtemps, la plupart des travaux a mis de côté les éléments contextuels (territoire d’accueil, disciplines sportives concernées) des événements sportifs. L’une des raisons principales est qu’ils avaient (et pour bon nombre d’entre eux, ont toujours) pour ambition de fournir des méthodologies reproductibles et surtout de produire des résultats permettant la comparaison des événements, souvent dans le but de répondre aux besoins des acteurs de terrain (décideurs politiques, mouvement sportif). Ainsi, le contexte n’était au mieux qu’une variable complémentaire venant parfois nuancer les résultats. Toutefois, un nombre croissant de chercheurs plaide pour sa réintroduction au centre des problématiques relatives aux événements, en mettant en avant plusieurs arguments. En premier lieu, pour comprendre les effets d’un grand événement sportif, il semble important de s’attarder sur les logiques qui rendent possible son accueil tout autant que sur celles qui permettent de le faire résonner auprès de la communauté locale. En ce sens, Weed (2011) évoque une approche réaliste, qui permettrait de comprendre comment les effets apparaissent, et pas seulement de les décrire. Pour ce faire, il peut être pertinent de se focaliser sur les mécanismes qui vont permettre de produire des effets vertueux à moyen ou long terme. Dans cette optique, Charrier & Jourdan (2009) proposent le modèle des dynamiques locales, qui vise à appréhender l’ensemble des phénomènes et interactions entre acteurs s’opérant autour d’un grand événement sportif. En second lieu, pour des auteurs tels que Bull & Weed (2012) ou encore Girginov (2012), un événement sportif n’a, intrinsèquement, quasiment pas d’effet sur un territoire. Ce qui va générer de l’impact social se situe déjà, pour l’essentiel, dans le territoire d’accueil qui va accompagner cet événement et le faire vivre à la population. C’est la raison pour laquelle, selon ces auteurs, l’analyse doit se concentrer sur l’investissement, par les acteurs du territoire, dans des programmes d’accompagnement.

S’il a d’abord identifié et valorisé l’importance des contextes locaux, le croisement des éléments empiriques issus des précédents travaux de l’équipe et de la revue de littérature présentée ci-avant a aussi permis de construire progressivement une définition de l’impact social des GÉSI.

5 Conclusion : un périmètre définitionnel de l’impact social des GÉSI

L’impact social des grands événements sportifs, longtemps relégué au rang d’anecdote, se voit à présent accorder une place centrale dans les dossiers de candidature des grandes instances sportives ainsi que dans les dispositifs d’accompagnement des territoires d’accueil. Il n’est plus seulement nécessaire de l’évoquer (voire parfois de l’invoquer sur le mode de l’espoir confiant), mais véritablement de l’objectiver, notamment face au scepticisme (maintes fois confirmé) de parts croissantes de l’opinion publique. Dès lors qu’il s’agit de traduire les objectifs en effets concrets et observables, les chercheurs comme les acteurs de terrain se retrouvent face à un ensemble de difficultés conceptuelles et méthodologiques.

Parmi les acteurs, il semble que la notion d’ « héritage » notamment mise en avant par le CIO tende à s’imposer comme l’enveloppe institutionnelle de l’impact social (bien qu’elle le déborde en incluant d’autres aspects, notamment économiques). Le comité d’organisation des JOP de Paris 2024 s’est ainsi doté d’un département Héritage dont les engagements sont formalisés dans un dossier intitulé Génération 2024.

Au sein du champ académique, l’évolution de la littérature n’est pas allée dans le sens d’une simplification des premiers questionnements mais au contraire, d’une complexification donnant naissance à de nombreuses ramifications. Cela ne constitue pas un écueil en soi et témoigne plutôt de la vitalité des travaux. Mais dans le cadre de la recherche appliquée (telle qu’elle peut l’être sur un sujet comme celui-ci), où il s’agit d’étudier l’impact social d’un seul et même événement, il s’agit de faire des choix et par là-même de mettre de côté certaines approches.

À partir des questionnements méthodologiques et théoriques rappelés dans les trois parties précédentes, l’étude de l’Euro 2016 a permis, par le croisement des matériaux collectés, des travaux précédents de l’équipe et de la revue de littérature, de proposer une contribution à la définition de l’impact social des GÉSI. Celui-ci correspond à son « potentiel à renforcer sur le territoire hôte la cohésion sociale et la citoyenneté́, à générer de la capacitation et de l’éducation, à développer l’activité́ physique pour tous et la culture sportive, à participer à̀ la structuration des organisations, à valoriser le territoire et à créer des passerelles entre le sport et d’autres champs de l’action publique » (Charrier, Jourdan, Bourbillères, Djaballah, & Parmantier, 2019). Cette définition prend la forme d’un périmètre, constitué de six catégories d’impacts, chacune renfermant un ensemble de sous-catégories (Tab. 3).

Cette proposition vise ainsi à concilier une forme de transversalité (à travers un périmètre englobant l’ensemble des dimensions de l’impact social) et une prise en compte de la richesse des approches (en proposant pour chaque sous-catégorie un appareillage théorique et méthodologique ajusté). Cette vision plurielle des impacts a pour dénominateur commun l’analyse des dynamiques locales et la prise en compte du contexte dans lequel l’événement est accueilli, entrant de ce fait en résonance avec les évolutions récentes de la littérature internationale évoquées dans la partie 3.

Au-delà des enjeux théoriques, le périmètre de l’impact social proposé dans cet article a également une visée politique et pratique. En synthétisant, à travers les six grandes catégories identifiées, l’ensemble des (principaux) objectifs sociaux possibles de l’accueil d’un grand événement, il peut en effet servir d’outil d’aide à la décision politique (des élus, des responsables de services, des porteurs de projets et des organisateurs). Ces définitions peuvent aussi bien aider à l’identification ou à la structuration des objectifs (en amont) qu’à leur comparaison avec les effets réels produits (en aval) et, dans la mesure où la comparaison précise des événements est souvent délicate, peuvent permettre une comparaison de leurs profils (Fig. 6).

En conséquence, notons que cet effort de conceptualisation véhicule implicitement l’idée qu’aucun événement n’est en mesure d’être également actif sur les six axes identifiés. C’est pourquoi, appréhendé sous la forme d’un modèle d’analyse, il pourrait servir de canevas au professionnel et au chercheur devant faire face à l’impossible comparaison des études d’impact puisqu’il intègre à̀ la fois ce qui est produit par le contexte (les volontés politiques et les configurations locales) et ce qui est produit par le GÉSI (les impacts et les dynamiques locales induites).

Tableau 3

Périmètre de l’impact social des grands événements sportifs.

thumbnail Fig. 6

Exemples de profils d’événements sportifs.

Déclaration des contributions d’auteur

Tous les auteurs ont également contribué à l’écriture de cet article.

Références

  • Andranovich, G., Burbank, M.J., & Heying, C.H. (2001). Olympic cities: lessons learned from mega-event politics. Journal of Urban Affairs , 23(2), 113–131. [Google Scholar]
  • Baade, R.A., & Dye, R.F. (1990). The impact of stadium and professional sports on metropolitan area development. Growth and Change , 21(2), 1–14. [Google Scholar]
  • Balduck, A.L., Maes, M., & Buelens, M. (2011). The social impact of the Tour de France: Comparisons of residents’ pre-and post-event perceptions. European Sport Management Quarterly , 11(2), 91–113. [CrossRef] [Google Scholar]
  • Barget, E., & Gouguet, J.J. (2007). Guide pratique « Impact économique et utilité sociale de la coupe du monde de rugby. Études régionales ». Ministère de la Santé, de la Jeunesse et des Sports. [Google Scholar]
  • Barget, E., & Gouguet, J.J. (2010). Événements sportifs : impacts économique et social. Paris, France : De Boeck. [Google Scholar]
  • Basson, J.-C. (2014). Le progrès dans l’ordre. À propos des stades de la Coupe du monde de football. Mouvements , 78, 31–42. [CrossRef] [Google Scholar]
  • Bodin, D., Robène, L., & Héas, S. (2005). Le hooliganisme entre genèse et modernité, Vingtième Siècle. Revue d’histoire , 85(1), 61–83. [Google Scholar]
  • Bourbillères, H. (2017). Impacts territoriaux des événements sportifs parisiens (2013–2016) : l’approche par les dynamiques locales. Doctoral dissertation, University of Paris-Saclay. Disponible sur http://www.theses.fr/220146357. [Google Scholar]
  • Bourbillères, H., Charrier, D., & Evrard, B. (2017). L’événementiel sportif municipal au secours des éléphants blancs : l’exemple de Charléty sur Neige. Loisir et société / Society and Leisure , 40(2), 228–250. [Google Scholar]
  • Buffington, D.T. (2012). US and Them: US ambivalence toward the World Cup and American nationalism. Journal of Sport and Social Issues , 36(2), 135–154. [Google Scholar]
  • Bull, C., & Weed, M. (2012). Sports tourism: Participants, policy and providers. Londres: Routledge. [Google Scholar]
  • Castilho, C. (2016). Politiques publiques et Coupe du monde de football 2014 au Brésil : des espoirs aux héritages locaux. Doctoral dissertation, Paris-Saclay. [Google Scholar]
  • Castilho, C.T., Evrard, B., & Charrier, D. (2017). 2014 FIFA World Cup in Brazil: Gentrification of Brazilian football. Sociology and Anthropology , 5(9), 703–712. [CrossRef] [Google Scholar]
  • Chalip, L. (2006). Towards social leverage of sport events. Journal of Sport & Tourism , 11(2), 109–127. [CrossRef] [Google Scholar]
  • Charrier, D., & Jourdan, J. (2009). L’impact touristique local des grands événements sportifs : une approche qualitative de la Coupe du monde de rugby en Île-de-France. Téoros – Revue de recherche en tourisme , 28(2), 45–54. [CrossRef] [Google Scholar]
  • Charrier, D., & Jourdan, J. (2015). Le sport comme levier éducatif dans les territoires urbains en difficultés. Sport(s) et social. Informations sociales , 187, 58–65. [CrossRef] [Google Scholar]
  • Charrier, D., & Jourdan, J. (2019a). L’impact social des grands événements sportifs internationaux : processus, effets et enjeux. L’exemple de l’Euro 2016 (coord.). Dardilly, France : Éditions de Bionnay. [Google Scholar]
  • Charrier, D., & Jourdan, J. (2019b). L’élaboration progressive d’une stratégie de recherche adaptée à la complexité des impacts sociaux. Dans D. Charrier & J. Jourdan (coords.). L’impact social des grands événements sportifs internationaux : processus, effets et enjeux. L’exemple de l’Euro 2016. Dardilly, France : Éditions de Bionnay. [Google Scholar]
  • Charrier, D., Jourdan, J., Bourbillères, H., Djaballah, M., & Parmantier, C. (2019). L’impact social des grands événements sportifs : des enjeux définitionnels à une proposition de périmètre. Dans D. Charrier & J. Jourdan (coords.). L’impact social des grands événements sportifs internationaux : processus, effets et enjeux. L’exemple de l’Euro 2016. Dardilly, France : Éditions de Bionnay. [Google Scholar]
  • Crompton, J.L. (1995). Economic impact analysis of sports facilities and events: Eleven sources of misapplication. Journal of Sport Management , 9(1), 14–35. [CrossRef] [Google Scholar]
  • Eisinger, P. (2000). The politics of bread and circuses: Building the city for the visitor class. Urban Affairs Review , 35(3), 316–333. [Google Scholar]
  • Fischer, A., Hatch, J., & Paix, B. (1986). Road accidents and the Grand Prix. Adelaïde, Australie: JPA Burns, JH. [Google Scholar]
  • Frawley, S., & Cush, A. (2011). Major sport events and participation legacy: The case of the 2003 Rugby World Cup. Managing Leisure , 16(1), 65–76. [CrossRef] [Google Scholar]
  • Fredline, E. (2005). Host and guest relations and sport tourism. Sport in Society , 8(2), 263–279. [Google Scholar]
  • Fredline, E., & Faulkner, B. (2001). Variations in residents’ reactions to major motorsport events: Why residents perceive the impacts of events differently. Event Management , 7(2), 115–125. [CrossRef] [Google Scholar]
  • Getz, D. (2007). Event studies: Theory. Research and Policy for Planned Events , 1. [Google Scholar]
  • Girginov, V. (2012). Governance of the London 2012 Olympic games legacy. International Review for the Sociology of Sport , 47(5), 543–558. [Google Scholar]
  • Glover, T.D. (2002). Citizenship and the production of public recreation: Is there an empirical relationship? Journal of Leisure Research , 34, 204–231. [Google Scholar]
  • Gratton, C., & Preuss, H. (2008). Maximizing Olympic impacts by building up legacies. The International Journal of the History of Sport , 25(14), 1922–1938. [Google Scholar]
  • Gursoy, D., & Kendall, K.W. (2006). Hosting mega events: Modeling locals’ support. Annals of Tourism Research , 33(3), 603–623. [CrossRef] [Google Scholar]
  • Haferburg, C., Golka, T., & Selter, M. (2009). Public viewing areas: Urban interventions in the context of mega-events. In Development and dreams: The urban legacy of the 2010 Football World Cup (pp. 174–199). Le Cap, Afrique du sud: HSRC Press. [Google Scholar]
  • Hall, C.M. (1992). Hallmark tourist events: Impacts, management and planning. Londres, Royaume Uni: Belhaven Press. [Google Scholar]
  • Hallmann, K., Breuer, C., & Kühnreich, B. (2013). Happiness, pride and elite sporting success: What population segments gain most from national athletic achievements? Sport Management Review , 16(2), 226–235. [CrossRef] [Google Scholar]
  • Heere, B., Walker, M., Gibson, H., Thapa, B., Geldenhuys, S., & Coetzee, W. (2013). The power of sport to unite a nation: The social value of the 2010 FIFA World Cup in South Africa. European Sport Management Quarterly , 13(4), 450–471. [CrossRef] [Google Scholar]
  • Heere, B., Walker, M., Gibson, H., Thapa, B., Geldenhuys, S., & Coetzee, W. (2016). Ethnic identity over national identity: An alternative approach to measure the effect of the World Cup on social cohesion. Journal of Sport & Tourism , 20(1), 41–56. [CrossRef] [Google Scholar]
  • Horne, J., & Manzenreiter, W. (2006). An introduction to the sociology of sports mega-events. The Sociological Review , 54(2 suppl), 1–24. [Google Scholar]
  • Kalipci, E., & Arslan, F. (2007). Determination of noise pollution knowledge in the sport centres of Konya City. Journal of International Environmental Application & Science , 2(1), 64–70. [Google Scholar]
  • Kaplanidou, K., Karadakis, K., Gibson, H., Thapa, B., Walker, M., Geldenhuys, S., & Coetzee, W. (2013). Quality of life, event impacts, and mega-event support among South African residents before and after the 2010 FIFA World Cup. Journal of Travel Research , 52(5), 631–645. [Google Scholar]
  • Kavetsos, G., & Szymanski, S. (2010). National well-being and international sports events. Journal of Economic Psychology , 31(2), 158–171. [Google Scholar]
  • Kesenne, S. (1998). Cost-benefit-analysis of sport events. European Journal for Sport Management , 5(2), 44–49. [Google Scholar]
  • Kim, W., & Walker, M. (2012). Measuring the social impacts associated with Super Bowl XLIII: Preliminary development of a psychic income scale. Sport Management Review , 15(1), 91–108. [CrossRef] [Google Scholar]
  • Lee, S.P., Cornwell, T.B., & Babiak, K. (2013). Developing an instrument to measure the social impact of sport: Social capital, collective identities, health literacy, well-being and human capital. Journal of Sport Management , 27(1), 24–42. [CrossRef] [Google Scholar]
  • Maennig, W. (2008). The feel-good effect at mega sport events: Recommendations for public and private administration informed by the experience of the FIFA World Cup 2006 (No. 18). Hamburg Contemporary Economic Discussions. Paper No. 18. Available from SSRN https://ssrn.com/abstract=1541952. [Google Scholar]
  • McCabe, S. (2006). The making of community identity through historic festive practice: The case of Ashbourne Royal Shrovetide Football. In Festivals, Tourism and Social Change (pp. 99–118). Clevedon, Royaume Uni: Channel View Publications. [Google Scholar]
  • McCartney, G., Thomas, S., Thomson, H., Scott, J., Hamilton, V., Hanlon, P., Morrison, D.S., & Bond, L. (2010). The health and socioeconomic impacts of major multi-sport events: Systematic review (1978–2008). British Medical Journal , 340, c2369. [CrossRef] [PubMed] [Google Scholar]
  • Misener, L., & Mason, D.S. (2006). Creating community networks: Can sporting events offer meaningful sources of social capital? Managing Leisure , 11(1), 39–56. [CrossRef] [Google Scholar]
  • Ohmann, S., Jones, I., & Wilkes, K. (2006). The perceived social impacts of the 2006 Football World Cup on Munich residents. Journal of Sport & Tourism , 11(2), 129–152. [CrossRef] [Google Scholar]
  • Onyx, J., & Bullen, P. (2000). Measuring social capital in five communities. The Journal of Applied Behavioral Science , 36(1), 23–42. [Google Scholar]
  • Schulenkorf, N., Thomson, A., & Schlenker, K. (2011). Intercommunity sport events: Vehicles and catalysts for social capital in divided societies. Event Management , 15(2), 105–119. [CrossRef] [Google Scholar]
  • Sherry, E., Karg, A., & O’May, F. (2011). Social capital and sport events: spectator attitudinal change and the Homeless World Cup. Sport in Society , 14(1), 111–125. [Google Scholar]
  • Skinner, J., Zakus, D.H., & Cowell, J. (2008). Development through sport: Building social capital in disadvantaged communities. Sport Management Review , 11(3), 253–275. [CrossRef] [Google Scholar]
  • Snelgrove, R., Taks, M., Chalip, L., & Green, B.C. (2008). How visitors and locals at a sport event differ in motives and identity. Journal of Sport & Tourism , 13(3), 165–180. [CrossRef] [Google Scholar]
  • Taks, M. (2013). Social sustainability of non-mega sport events in a global world1. European Journal for Sport and Society , 10(2), 121–141. [CrossRef] [Google Scholar]
  • Taks, M., Kesenne, S., Chalip, L., & Green, C.B. (2011). Economic impact analysis versus cost benefit analysis: The case of a medium-sized sport event. International Journal of Sport Finance , 6(3), 187. [Google Scholar]
  • Tsoukala, A. (2003). Les nouvelles politiques de contrôle du hooliganisme en Europe : de la fusion sécuritaire au multipositionnement de la menace. Cultures & conflits , 51, 83–96. [CrossRef] [Google Scholar]
  • Weed, M. (2011). The human impact of major sport events. Journal of Sport & Tourism , 16(1), 1–4. [CrossRef] [Google Scholar]
  • Weed, M., Coren, E., Fiore, J., Mansfield, L., Wellard, I., Chatziefstathiou, D., & Dowse, S. (2009). A systematic review of the evidence base for developing a physical activity and health legacy from the London 2012 Olympic and Paralympic Games. Canterbury, Royaume Uni: Department of Health. [Google Scholar]
  • Wicker, P., Hallman, K., Breuer, C., & Feiler, S. (2012). The value of Olympic success and the intangible effects of sport events – A contingent valuation approach in Germany. European Sport Management Quarterly , 12(4), 337–355. [CrossRef] [Google Scholar]

1

Rapport financier 2015–2016. 41e congrès ordinaire de l’UEFA. Helsinki, 5 avril 2017.

2

Notre équipe de recherche, coordonnée par Dominique Charrier et Jean Jourdan, a rassemblé 5 enseignants-chercheurs et plus d’une vingtaine d’étudiants enquêteurs.

3

Co-dirigée dans le cadre du CEMIS-CRAPS par Dominique Charrier et Claire Perrin, maîtres de conférences, et réalisée avec plusieurs étudiants de licence et de maîtrise de l’UFR STAPS de Caen.

4

Douze fois champion de France de marche à pied (seniors et jeunes), Martial Fesselier a participé à 4 Jeux olympiques, 3 championnats du monde, 3 championnats d’Europe, etc.

5

L’encadrement méthodologique a été assuré par Pamela Wicker, enseignante à l’université de Cologne et par Dominique Charrier, maître de conférences à l’université de Caen, Jean Jourdan, enseignant à l’université de Paris-Sud et Yves Sabourdy, enseignant à l’université d’Evry.

6

Ce volet quantitatif a été coordonné par Dominique Charrier et par Christopher Hautbois, maîtres de conférences au laboratoire SPOTS, et a associé de nombreux étudiants de l’UFR STAPS de Paris-Sud (Orsay).

7

Ce volet qualitatif a été coordonné par Dominique Charrier et par Jean Jourdan, enseignant et chercheur associé au laboratoire SPOTS, Université de Paris-Sud (Orsay).

8

Avec Barbara Évrard, maintenant maitresse de conférences à l’université de Rouen après l’avoir été à l’université de Paris-Sud.

9

Les contacts directs ont été établis quand cela été possible puis complétés par une exploitation de nombreux sites internet (presse, communes, organisations sportives, etc.).

10

Office pour le mouvement sportif d’un arrondissement (anciennement office municipal du sport), une structure associative parisienne qui regroupe les associations sportives souhaitant y adhérer, mutualise des subventions et communique directement avec les élus locaux.

11

En certaines occasions, les entretiens ont pris une forme collective, la personne interviewée ayant souhaité être entourée par ses collaborateurs. De la même manière, les enquêteurs ont rarement été seuls.

Citation de l’article : Charrier D, Jourdan J, Bourbillères H, Djaballah M, & Parmantier C (2020) L’impact social des grands événements sportifs : réflexions théoriques et méthodologiques à partir de l’Euro 2016. Mov Sport Sci/Sci Mot, 107, 3–15

Liste des tableaux

Tableau 1

Récapitulatif des entretiens et ateliers réalisés.

Tableau 2

Synthèse du corpus de données.

Tableau 3

Périmètre de l’impact social des grands événements sportifs.

Liste des figures

thumbnail Fig. 1

Les différentes études menées sur les événements sportifs.

Dans le texte
thumbnail Fig. 2

Cartographie des points d’impact de l’Euro 2016 en Île-de-France.

Dans le texte
thumbnail Fig. 3

Représentation des réseaux d’acteurs créés à l’occasion de l’Euro 2016 en Île-de-France.

Dans le texte
thumbnail Fig. 4

Observations des bars et des lieux festifs parisiens effectuées entre le 10 juin et le 10 juillet 2016.

Dans le texte
thumbnail Fig. 5

Photographie d’une œuvre de « street art » sur le parvis de l’Hôtel de Ville à Paris, dans le cadre du dispositif Place de l’Europe.

Dans le texte
thumbnail Fig. 6

Exemples de profils d’événements sportifs.

Dans le texte

Current usage metrics show cumulative count of Article Views (full-text article views including HTML views, PDF and ePub downloads, according to the available data) and Abstracts Views on Vision4Press platform.

Data correspond to usage on the plateform after 2015. The current usage metrics is available 48-96 hours after online publication and is updated daily on week days.

Initial download of the metrics may take a while.