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Numéro
Mov Sport Sci/Sci Mot
Numéro 97, 2017
Technologies et techniques des sports : le regard de l’histoire et des sciences humaines et sociales
Page(s) 9 - 16
DOI https://doi.org/10.1051/sm/2017013
Publié en ligne 10 novembre 2017

© ACAPS, EDP Sciences, 2017

« Je pensais faire le Mont Blanc avant mon accident, et là j'arrive à atteindre 5400 mètres. C'était inimaginable 10 ans en arrière. C'est un rêve que je ne pensais pas réaliser. »1 Ce témoignage, d'une personne handicapée qui s'exprime au sommet du Thorong lors d'un trek au Népal (Tour des Annapurnas), révèle l'évolution des possibilités d'accès à la montagne malgré une limitation liée à des déficiences motrices.

Appareillées d'un Fauteuil Tout Terrain (FTT) et tractées par des personnes valides, des personnes handicapées parviennent aujourd'hui à atteindre des sommets de plus de 5000 mètres. L'ascension est une épreuve collective : « On a tiré, poussé, pesté contre la colère du sentier, on a lutté contre la pente, on a râlé contre la rocade et la poussière, on a souffert […] mais nous n'avons pas douté. Notre défi était plus fort que la montagne. »2

La personne handicapée, assise dans son FTT, peut être hissée en haut d'un sommet par des moyens humains ou par ses propres bras3, mais également à l'aide d'animaux ou de matériels (4 × 4 ; remontes pentes, etc.), pour descendre ensuite la montagne par des sentiers de façon autonome. Le FTT, permettant ces exploits, est un fauteuil adapté pour la montagne. Techniquement, ses caractéristiques sont proches du Vélo Tout Terrain (VTT) : il est équipé de quatre pneus tout terrain, de freins au guidon et de suspensions. Aujourd'hui, le développement du FTT Electrique permet un changement de « paradigme » selon un pratiquant interviewé. De quel nouveau « paradigme » s'agit-il ? Parle t-on de la découverte de nouvelle sensation individuelle, en lien avec un sentiment de liberté plus grand pour des personnes qui vivent pour la plupart une dépendance augmentée par leurs déficiences ? S'agit-il d'un changement d'identité collective, grâce à une activité qui permet un alignement avec les valides ? Ou bien les deux à la fois ?

Ce fauteuil roulant non-motorisé, d'abord pensé pour « combler les limitations (fonctionnelles) des traditionnels fauteuils (roulant) de ville » (HM no99, 1999 : 40), a été importé des États-Unis en 1990 par Jean-François Porret qui était, au début des années 1980, le seul possesseur d'un FTT en France appelé le Cobra. Si John Davis valorise aux États-Unis une forme compétitive du FTT grâce à ses exploits, à l'inverse, Porret promeut en France une pratique de loisir en axant son activité sur les randonnées en montagne. Ainsi, encourageant la convivialité, cette forme de pratique du FTT se prête plus généralement au partage et à la découverte. Pour les individus adeptes d'aventure, le tourisme sous forme de trekkings ou de raids est devenu un moyen de développer une pratique plus « risquée ». L'organisation de ces « expéditions » demande davantage de moyens. Elles permettent en contre partie la réalisation d'exploits comme ceux de gravir des sommets dans des pays éloignés et parfois dans des conditions extrêmes. Ces expéditions, souvent organisées dans un cadre privé, sont toutefois reprises par la Fédération française de handisport afin de valoriser le monde du handisport en France. Parallèlement, elle se montre pour le moment prudente dans le développement de compétitions « officielles », comme au États-Unis, soucieuse des problématiques de sécurité et de responsabilité qu'elles pourraient engendrer.4

Le FTT s'inscrit donc dans la catégorie des Activités Physiques de Pleine Nature (APPN), comme la marche à pieds ou à raquettes, et la randonnée en fauteuil avec la Joëlette, ski, plongée, etc. Toutefois, elle semble promouvoir plusieurs formes de pratique générant chacune un rapport différencié au corps et au fauteuil. Ces APPN, pratiquées par 15 % des 30 000 licenciés FFH5, permettent à la population en situation de handicap d'accéder à de nouveaux espaces environnementaux, et de découvrir (ou de redécouvrir) de nouvelles sensations. En effet, le FTT est un engin qui offre de nouvelles possibilités d'action et d'appréhender la montagne, produisant un rapport au corps particulier. Perçu comme une « paire de chaussures de montagne »6, le FTT permet aux personnes de retrouver des sensations perdues suite à un accident de la vie. Par exemple, Gilles Bouchet, devenu tétraplégique suite à un accident d'hélicoptère, trouve dans l'usage du FTT non pas un outil de compensation mais un prolongement de son corps lui permettant de poursuivre ses activités d'antan en montagne.

L'interaction entre la personne handicapée et le FTT, crée un rapport d'hybridité (Gérardin & Andrieu, 2011), qui se construit au fur et à mesure, en fonction de la déficience motrice (paraplégies, tétraplégies limitant la préhension manuelle, amputation et hémiplégies) et des usages du corps en FTT pour atteindre des lieux en pleine nature difficiles voire impossible d'accès. L'interaction entre le pratiquant, l'engin et l'environnement (Winance, Ville, & Ravaud 2007) permet à l'individu de se rapprocher des sensations ressenties lors d'une descente en montagne en VTT.

Il s'agit de comprendre dans cet article, dans quelle mesure le phénomène d'hybridité construit un rapport sensible entre la personne handicapée et le FTT dans un environnement naturel. Pour cela nous nous intéresserons à l'expérience sportive du corps en situation de handicap, en relation avec le FTT et comment cette hybridité entretient un rapport particulier avec un environnement ouvert et imprévisible, qui est celui de la montagne.

1 Méthodologie

Pour comprendre le rapport sensoriel entre le FTT et son pratiquant, nous avons réalisé des entretiens auprès de quatre individus, devenus handicapés moteurs (paraplégiques ou tétraplégiques) après un accident. Les accidentés sont les principaux usagers du FTT et à la base de son évolution en France.

Deux des quatre pratiquants interrogés sont considérés comme « pionniers » : Jean-François Porret (JFP) et Gilles Bouchet (GB). JFP est tétraplégique. Il a découvert l'activité aux États-Unis après son accident de parapente en 1989, et a importé son FTT en France en 1990. Il est alors le seul « alien », comme il le dit, à faire du FTT sur le territoire français. Il pratiquait avant son accident des sports nature comme la planche à voile, le ski, le parapente : « C'est que je suis très attiré par les sports de pleine air, de haute montagne, j'ai fais de la planche, de la rando… j'ai toujours été très orienté pleine nature ! J'ai même fais de la spéléo… ». En 1991, il rencontre GB en centre de rééducation, tout juste devenu paraplégique après un accident d'hélicoptère. GB cherche également à continuer la pratique sportive. Il a toujours pratiqué des sports de montagne comme le VTT et la randonnée, et a été directeur adjoint de l'école nationale de ski. Il va découvrir le FTT grâce à JFP. Les deux hommes participent au développement de la pratique en France et organisent de nombreuses sorties dans les Alpes ainsi que des treks à l'étranger comme au Maroc ou en Équateur. Ce n'est pas moins de « 4 à 5 sorties FTT dans l'année… et j'en suis à 540 parcours réalisés. » (JFP).

Les deux autres pratiquants représentent la nouvelle génération de Fttétistes. Tout d'abord, Vincent Bourry (VB) qui est un homme âgé de 46 ans et paraplégique depuis un accident survenu en 1987. C'est un sportif de haut niveau qui a été champion paralympique de tennis de table à Pékin en 2008. Il pratique le FTT comme activité complémentaire de pleine nature et s'investit depuis quelques années dans le développement de la pratique en travaillant notamment pour optimiser la motorisation électrique du FTT. Enfin, évoquons Garance Guérin (GG), femme de 38 ans, paraplégique depuis 2003 après un accident de la route. Sportive, elle pratiquait des sports de nature, et souhaitait continuer : « je me suis jetée sur tous les sports possibles. ». Elle s'investie dans le développement du FTT depuis la fin des années 2000, en créant l'association Coccinelle. Cette association participe à la promotion de la pratique en Fauteuil Tout Terrain Électrique pour les personnes qui ont perdu totalement ou une partie de leur mobilité, et qui souhaitent retourner faire des activités de plein air en complète autonomie.

Il a été demandé à ces personnes de retracer leur histoire personnelle et plus particulièrement la période concernant leur pratique du FTT. Il s'agit, ici, à partir d'un travail exploratoire, d'analyser les discours concernant l'expérience du FTT. Ces entretiens de type ethnographique, sont voulus flexibles, non structurés, non standardisés (Lapassade, 1991). Bogdan et Taylor (1975) l'appellent entretien en profondeur et le décrivent comme « (…) une rencontre ou une série de rencontres en face à face entre un chercheur et des informateurs, visant à la compréhension des perspectives des gens interviewés sur leur vie, leurs expériences ou leurs situations, et exprimées dans leur propre langage » (Lapassade, 1991, p.38). Le but était de se rapprocher le plus possible de la simple conversation (Kaufmann, 1995; Olivier De Sardan, 1995). Enfin, les revues Handisport Magazine et Handisport Le Mag7 (référencé HM et Hlm dans la suite du texte), consulté de 1990 à 2015, complètent nos données pour saisir la place et les usages du FTT en rapport avec le mouvement fédéral handisport.

2 Des techniques du corps en fauteuil roulant ajustées à l'environnement

Depuis les années 2000, la notion de situation de handicap est au cœur des débats politiques et sociaux. La loi de 2005 promeut « l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées ». Dans cette perspective, il est question d'apporter des changements environnementaux nécessaires pour permettre aux personnes handicapées de participer pleinement à tous les aspects de la vie sociale. En effet, certains facteurs environnementaux peuvent se révéler être des facilitateurs ou des obstacles (Fougeyrollas & Chartier, 2013), tel que le révèle de façon criante les personnes handicapées moteur (13,4 % ont une déficience motrice sur 12 millions de Français touchés par un handicap, INSEE, 2015)8, public qui nous intéressent dans cet article. Leur participation est le résultat d'une interaction avec un environnement, et « l'empêchement à faire » de l'individu, qui peut être un empêchement ponctuel, et lié à une situation (Winance, Ville, & Ravaud, 2007). Des réformes politiques et des réponses technologiques, permettent de contourner cette situation, que l'on peut considérer comme un obstacle environnemental pour la personne handicapé.

Si d'un côté la prise en compte de l'accessibilité passe par la construction et la rénovation des équipements comprenant entre autre le transport, le logement, la culture, le sport et le tourisme ; d'un autre côté les avancées médico-techniques offrent de nouvelles possibilités de réappropriation des corps.

Les progrès de la médecine moderne renforcent ainsi la croyance en la malléabilité du corps et Andrieu (2008) parle d'un corps qui devient « hybride ». Gérardin et Andrieu (2011) évoquent le fait que chaque individu a désormais la possibilité de modifier son apparence et le fonctionnement de son corps par le biais d'implants et d'éléments extérieurs, afin d'améliorer ses conditions d'existence. Que ce soit avec « des machines ou avec des protocoles thérapeutiques », une auto-hybridation du corps rentre dans une logique « d'autonomie et de nouvelle dépendance » (Gérardin & Andrieu, 2011, p.8). Les avancées biotechnologiques créent un rapport « humain + non humain » (Gourinat, 2016), dont l'objectif est de « ne former qu'un », renouvellent les coordonnées sensorielles du sujet ainsi que ses possibilités d'action.

Comment un engin comme le fauteuil construit un nouveau rapport aux corps handicapés ? Dans quelle mesure le fauteuil roulant devient un appareillage pour compenser le handicap voire pour prolonger le corps ?

Winance (2010) a étudié la situation de handicap d'un individu en fauteuil roulant comme interaction « personne-fauteuil-environnement », permettant la mobilité ou non de l'individu en société. Elle montre comment la personne handicapée assimile des techniques d'utilisation du fauteuil. En effet, « la personne doit, normalement, pouvoir agir et son handicap est supposé disparaître. Or ce ne sera le cas que si la personne a acquis, dans l'interaction avec son fauteuil, certaines habiletés. Autrement dit, ce dont cette notion et plus largement, le modèle social ne rend pas compte, c'est de la manière dont la personne agit avec son fauteuil et avec son environnement […] » (Winance, 2010, p. 6). Ainsi la maîtrise du fauteuil dans lequel finalement le matériel se fonde dans le corps (Gourinat, 2016), serait potentiellement un moyen de se faire oublier. La personne en fauteuil atteint une « mobilité résultant d'un processus d'adaptation réciproque avec son fauteuil et son environnement, qui engage son corps » (Ibidem). Se servir du fauteuil roulant pour agir et s'adapter à l'environnement rencontré relève d'un « processus d'ajustement » (Winance, 2006, p. 21) ou « la personne a “un-corps-dans-un-fauteuil” pour ensuite être “son-corps-avec-son-fauteuil” » (Ibidem, p. 12). Le fauteuil n'est donc pas un simple moyen de compensation d'aide à la mobilité, mais un moyen d'interaction avec l'environnement en fonction des habiletés acquises dans l'usage du fauteuil.

Comment ces habiletés techniques sont transmises? La question de l'apprentissage des habiletés se posent d'autant plus, que notre étude porte sur des accidentés, qui ont été éduqués à vivre « debout » avant d'être obligé de vivre en fauteuil roulant. Ce changement radical de statut demande une restructuration de l'image du corps et de l'image de soi, impliquant une réorganisation sensori-motrice, psychologique et sociale (Marcellini, 1997; Murphy, 1987).

L'entrée brutale dans un autre univers, celui d'être en fauteuil, présente « des usages du corps qui lui sont spécifiques et le différencient d'autres groupes » (Marcellini, 1997, p. 3). Ces usages ouvrent de nouvelles manières d'interagir socialement et participent dans une certaine mesure d'une logique de déstigmatisation (Marcellini, 1991).

Même si les études de Wisely et Morgan (1981) et de Furnham et Gibbs (1984), nous montrent que les attitudes extérieures sont différentes si le handicap est visible, « la présentation du corps socialement codée et ritualisée (qui) participe de l'effacement de ce corps particulier, et donc de l'effacement du handicap » (Marcellini, 1997, p. 9). Il s'agit d'un « effacement ritualisé du corps  » qui consiste à « offrir l'image d'un corps certes "assis", mais contrôlé, dompté et socialisé » (Ibidem).

Ainsi, la visibilité du handicap s'efface grâce à une plus grande aisance de déplacement dans l'environnement sociétale et par l'adoption des attentes corporelles de valide, « renvoyées en miroir », pour faire oublier le fauteuil. De cette manière, l'accès à des pratiques dites « normativantes » (Canguilhem, 1966) est d'autant plus favorisé. En quoi l'activité sportive, considéré comme une pratique « normativante » (Marcellini et al., 2003), favorisant un processus de déstigmatisation, contribue à surmonter voire effacer le handicap? Plus précisément, dans quelle mesure l'usage d'un fauteuil dans l'univers des activités sportives participe à réorganiser la visibilité du handicap ?

3 Le FTT, une expérience appareillée pour des sensations retrouvées

Depuis de nombreuses années, les personnes handicapées sont l'objet d'une forme de stigmatisation dans la société européennes (au sens de Goffman, 1963) renvoyant à des représentations sociales négatives (Barnes, Mercer, & Shakespeare, 1999 ; Bogdan & Taylor, 1989 ; Olivier & Barnes, 1998). La pratique sportive9 participe d'un processus de déstigmatisation du handicap et contribue à l'intégration sociale des personnes handicapées (Marcellini et al., 2003). La pratique sportive permettrait aux personnes handicapées d'améliorer de façon favorable leur propre estime par rapport aux non-pratiquants, et de participer à reconstruire une identité sociale positive malgré la stigmatisation, pour s'extraire des représentations sociales10 communes du handicap (Taub, Blinde, & Greer 1999 ; Taub, McLorg, & Fanflik, 2004).

On retrouve ce processus d'intégration sociale par le sport pour les personnes en fauteuil roulant dans les travaux de Richard (2012), portant sur le foot-fauteuil. Il montre que le fauteuil roulant, symbolisant (sur-représentation) le handicap moteur, « n'est plus un simple moyen de déplacement mais un véritable instrument sportif » (Richard, 2012, p. 5). Le foot-fauteuil, modifie l'usage du fauteuil classique (un fauteuil électrique bricolé pour cette pratique puis industrialisé) pour développer de nouvelles techniques de soi. Ce nouveau fauteuil permet d'atteindre ainsi les mêmes capacités physiques entre pratiquants du foot-fauteuil, quelque soit le handicap, par « la mise en mouvement sportive du corps (qui) va rétablir le lien étroit qui unit l'individu à son “monde” » (Ibidem, p. 2). Plus précisément, l'évolution du fauteuil pour la pratique du foot-fauteuil et l'interaction qui en découle, implique une reconfiguration du soi et la création d'une « identité sportive », qui se construit dans un espace (clos) normé opposant deux équipes dans une logique compétitive. Qu'en est-il du FTT, activité qui se déroule, contrairement au foot-fauteuil en milieu naturel et souvent en compagnie de personnes valides? Dans quelle mesure l'interaction avec l'engin FTT génère des techniques du corps et un rapport social particulier, dans un espace naturel a priori inaccessible? Il semble nécessaire d'interroger les loisirs sportifs de pleine nature pratiqués par les valides, afin de saisir le rapport à l'environnement naturel avant l'accident. En effet, le FTT est une pratique qui compte majoritairement des handicapés moteurs (paraplégiques ou tétraplégiques) qui ont eu une expérience « debout » de la montagne avant d'être amené à la gravir en fauteuil roulant.

Certains travaux montrent que les activités de pleine nature confrontent l'individu (valide) à l'environnement naturel où l'activité est « un média puissant qui vient s'intercaler entre la nature et l'homme. » (Niel & Sirost, 2008, p. 5). La pratique conduit ici à une « mise en paysage », permettant la découverte du « paysage (qui) serait alors l'intégration totalisante d'éléments contradictoriels et sensibles, exprimés et vécus corporellement [] les sports de pleine nature permettraient de réintroduire le plaisir des sens et l'espace devient alors un nouveau terrain de jeu, qu'il est intéressant d'explorer “par tous les pores de nos sens” » (Sirost, 2010, p. 3).

Permettre à la personne handicapée d'explorer à nouveau l'environnement naturel, de revivre une expérience sensible, passe désormais par l'interaction avec un fauteuil dit « tout terrain ».

Ce fauteuil11 « inspiré de la technologie du "mountain bike" et des fauteuils d'athlétisme a été inventé aux États-Unis dans les années 1980 par John Castellano, un ingénieur de la NASA, afin de développer un engin permettant de combler les limitations (fonctionnelles) des traditionnels fauteuils (roulant) de ville » (HM no99, 1999 : 40). Il se trouve ainsi « équipé de roues de VTT et de puissants freins à disque », ouvrant des « chemins de montagne habituellement inaccessibles » (HM no105, 2001 : 20). Huit types de FTT12 sont recensés par Jean-François Porret (Six sont d'origine nord-américaine tandis que deux sont fabriqués en France des « montagnards » qui souhaitaient poursuivre leurs passions : le « Dahu »13 de Gilles Bouchet et Bernard Laviolette et le « Lozère »14). Développé en parti en dehors du mouvement handisport15, l'expérience du FTT permet une activité de pleine nature d'un corps handicapé et une (re)mise en paysage possible. Les nouveaux usages du corps qu'offrent le FTT permettent de parcourir des espaces jugés difficiles d'accès après l'accident. En domptant progressivement l'environnement naturel, l'engin permet d'effacer le handicap pour vivre la montagne autrement : une expérience sensible et sociale. Tout d'abord, la pratique seule est proscrite tel que le conseille un guide pratique, dédié aux « éftétistes », afin de prévenir des risques potentiels. Pour garantir une pratique en toute sécurité la présence de deux accompagnateurs ou de professionnels qualifiés et reconnus, au sein de « structures agréées » (labellisées) est recommandée (HM no105, 2001 : 21-22). Ensuite, en adoptant « des usages du corps » spécifiques au FTT, la personne handicapée s'ouvre de nouvelles manières d'interagir socialement, de «  partager le paysage avec un groupe d'amis choisis peut également faciliter cette immersion » (Griffet, 1994, p. 13). Le FTT participe dans une certaine mesure d'une logique de resocialisation en prônant une pratique « (sportive) de partage et de mixité par excellence » (HM no128, 2007 : 27).

Le FTT, finalement conçu dans une optique de reconquête des espaces naturels, est également un objet de reconquête de soi. Dans quelle mesure cette orientation, c'est-à-dire une forme particulière de pratique du FTT, organise des sensations retrouvées pour la personne handicapée durant l'activité?

4 De la balade aux expéditions : « des aventures humaines, et le FTT est le moyen de les réaliser »

L'évolution des FFT depuis la fin des années 1990, transforme la vision médicale du fauteuil roulant « classique » en un matériel sportif de randonnée, ouvrant les chemins de montagne, ainsi que de lointaines contrées. L'hybridité « homme/FTT » dans la rencontre avec un environnement connu par le passé, induit un usage du corps qui efface, le temps de la balade en montagne, le handicap. Cette transformation sensible, passe par un travail corporel et psychique qui modifie les manières de se voir (Marcellini, 2005).

L'appareillage modifie le schéma corporel de la personne et devient progressivement un prolongement du corps. GB présente ainsi son FTT à une « paire de chaussures de montagne ». Cette assimilation est d'autant plus forte que l'ensemble des personnes interrogées sont des sportifs accidentés et qu'ils ont incorporé des années de pratiques de sport nature. La « complémentarité homme/fauteuil » (Richard, 2012) se construit donc par analogie, renforcé par l'expérience d'un plaisir retrouvé de contempler la montagne. JFP évoque son ressenti face au paysage : « on observe, on voit plein de choses, des oiseaux des petits villages […] toujours le même plaisir à être en haut, le panorama, l'altitude ».

Enfin, les sensations que procure l'activité FTT effacent le handicap dans la manière de l'assimiler à la pratique du VTT. « Franchement, je retrouve exactement comme ce que je faisais avant […] on a passé des chemins, un peu volcaniques, une poudre, c'était extraordinaire, comme faire de la planche à voile, comme si je faisais du VTT en descente. » (JFP). Le corps handicapé est certes toujours présent (conscientisé) mais le FTT renvoie à un usage du corps normatif. « Je fais corps avec la machine mais je ne peux pas l'oublier pour autant… après oui c'est comme le VTT en descente avec la vitesse, la technique du chemin […] » (GB). La pratique du FTT est assimilée à celle du VTT en descente, phase où les personnes handicapées sont autonomes. « C'est mon avis mais je ressens ça exactement comme si je faisais du VTT avant. Bien sûr c'est pas totalement pareil mais en descente c'est pareil » (JFP). Même si elle est assistée pour la plupart du temps, la montée en FTT reste tout de même éprouvante et très technique. « Je crois que je retrouve vraiment mes sensations d'avant, on arrive en haut… avec l'effort de montée, j'étais content d'avoir passé et réussi les difficultés comme de l'escalade (…) il y avait la notion de difficulté technique » (JFP). L'ascension accompagnée confère ainsi à la pratique du FTT une autonomisation plus importante que d'autres activités de randonnée tel que la Joëlette16. Un rapport particulier s'installe entre la personne handicapée et son FTT où « chacun doit trouver un engin pour lui… chaque différent engin doit permettre à la personne l'autonomie au maximum » (GB). Par exemple, JFP sera plus à l'aise sur son « vieux » Cobra au lieu d'adopter un Dahu plus récent. « Je suis pas trop pour le recherche de vitesse mais j'aime bien les trucs qui sont… comment dire… difficiles, où il faut vraiment trouver son chemin, son itinéraire. Ce que j'aime beaucoup… c'est d'ailleurs pour ça que je suis resté sur mon Cobra, il passe partout, les nouveaux sont plus larges. »

La pratique du FTT permet ainsi de se réapproprier des sensations et par là même une identité car « c'est dans le mouvement et l'expérience sportive que l'identité se construit » (Richard, 2012, p. 10). L'identité est également renforcé par un vécu en FTT qui se veut avant tout un « partage et un effort partagé » (JFP) entre valides et handicapés. Chaque sortie demande l'implication d'accompagnateurs. « Le coté logistique ça m'a vite freiné… », nous dit GG. En effet, « le matériel est très lourd donc on peut pas aller faire une sortie de nous même et se dire “bon on va aller faire une sortie FTT ”, c'était impossible. » De même pour « des raisons de sécurité je n'irai pas seule »« honnêtement c'est franchement plus sympa d'y aller avec une personne ou plus… » (GG). Les accompagnateurs sont nécessaires au nombre de « 6 ou 7… pour faire comme avant.. donc avec des amis comme avant » (JFP). La logique des sorties consiste à « Continuer à faire de ce que je faisais avant avec les autres… ne pas entrer dans l'assistanat… ne pas “nous” sortir pour nous faire plaisir » (GB).Les expéditions17 exacerbent ce partage d'expérience18, qui demande une logistique minutieuse et un engagement collectif pour hisser les personnes en FTT en haut des sommets les plus escarpés pour les dévaler ensuite en toute autonomie ou bien pour faire du trekking dans le désert. Les expéditions sont pour GB est un moyen « de vivre quelque chose ensemble et montrer que le FTT peut amener à tel endroit, qu'on pouvait le faire […] donc se fédérer autour d'un projet commun ». Les accompagnateurs (bien souvent des amis ou de la famille) sont à la fois contributeur et témoins de l'exploit réalisé par les personnes en FTT. Dans ce sens, GB évoque une anecdote lors d'une descente en montagne : « vraiment les autres étaient dans le bus, et le bus a suivi les deux FTT, et il y avait une belle course amicale … ». La pratique du FTT est une épreuve collective : « Quand on a été en Équateur, on a eu des chevaux mais quand on est monté très haut, les chevaux ne pouvaient plus, et donc c'est les copains qui ont fini jusqu'en haut (…) Les potes sont arrivés vraiment crevés de nous avoir tiré, nous on a bataillé aussi, on pilotait, on les encourageait, fin très dur.. et on est arrivé en haut, c'était extraordinaire » (JFP). Les difficultés demandent l'implication de tous. « Au Maroc sur un chemin vraiment pas large… on est parti, tiré par une mule deux roues dans le vide… les copains en rappel sur le coté pour pas qu'on tombe… beaucoup de tensions… » (GB). Surmonter les difficultés c'était « l'objectif au Maroc et les autres expé, (…) vivre quelque chose ensemble, montrer que le FTT peut amener à tel endroit… qu'on pouvait le faire » (GB). D'ailleurs, c'est « un voyage très sympa, et les gens (valides) veulent encore en faire » (GG).

L'exploit sportif d'une expédition représente, ce que Marcellini, reprise par Richard, définit comme « le fruit d'une socialisation qui repose essentiellement sur le partage d'une même expérience sportive, celle du corps atteint de déficience motrice importante » (Richard, 2012, p. 10). « Les expéditions sont des aventures humaines, et le FTT est le moyen de les réaliser. L'objectif, ce n'est pas le raid FTT, c'est de vivre quelque chose et le FTT permet d'atténuer la différence et permet de le vivre » (GB). Le FTT offre ainsi la possibilité de vivre une expérience pour ensuite la partager avec les autres (les pairs en handicap et les médias). Entre « dépassement des limites » et « bonheur de l'autonomie », ces expéditions soulignent le principe du processus de « normalisation » qui est en jeu à travers les activités sportives (Marcelini, 2005). « Partir en expédition, ça fait aussi tomber des barrières […] on a été en Équateur en montagne […] la fréquenter, chacun avec ses limites, mais montrer qu'on pouvait le faire… » (GB). La reconquête des espaces naturels, qui relève de l'exploit, représente les limites sociales à surmonter permettant d'échapper à une assignation sociale négative de la personne handicapée, mais également de re-constituer une identité à soi.

L'expédition de 25 jours en Équateur en août 2000 est révélatrice de ce processus de « normalisation ». GB et JFP19 partent pour une expédition « avec 19 personnes dont 7 personnes portant des handicaps moteurs variés et 1 médecin » (HM no105, 2001 : 22). Cette expédition est organisée par l'association sportive de Villefontaine (ASVF), dont le président est Gérard Genthon, et en collaboration avec la FFH (par l'intermédiaire de Gérard Dejonghe), ils obtiennent des subventions suffisantes pour « fêter le handisport à notre manière » (GB). Au-delà de la performance, l'objectif est de « démontrer que le handicap n'est pas un obstacle à l'aventure ! » (Ididem)20.

Le partage de l'expérience en FTT est relayé également par un site internet21 que JFP tient à jour régulièrement. L'initiative de ce site consistait à montrer ce qu'il était possible de réaliser en FTT : « j'ai voulu partager au début le fait que c'était possible, même avec un handicap relativement lourd, tétraplégique quand même… puis donc ma pratique est vite partie vers de la rando de montagne, puis très vite à vouloir décrire les circuits… pour refaire comme je faisais quand j'étais valide. » Il s'agit à la fois d'« informer les gens et partager l'histoire, les parcours » mais aussi de normaliser cette pratique en indiquant les itinéraires existants en montagne et accessibles en FTT.

5 Conclusion

En offrant la possibilité d'accéder à des milieux a priori inaccessibles à des personnes à handicap moteur, le FTT leur permet de retrouver des sensations perdues. L'usage du corps en FTT, se construit dans un dynamique corps-fauteuil-environnement. Le FTT « habille » en quelque sorte le corps handicapé, créant une analogie avec les représentations collectives du corps sportif, c'est-à-dire un « corps en mouvement » capable d'égaler les conditions techniques d'une descente en VTT. La mobilisation collective qu'implique le FTT, qui consiste à atteindre le sommet de la montagne tous ensemble, crée une identité sportive partagée. De cette manière, et plus encore dans la mise sur pied d'expéditions, ils parviennent à repousser les « barrières » liées au handicap et, d'autre part, à promouvoir celle-ci dans une logique du « plein air et de l'autonomie ».

Dans cette logique d'autonomie et depuis quelques années, un nouveau type d'engin est apparu : le FTT électrique. VB considère cet engin comme une « révolution phénoménale » et ajoute : « Maintenant on change de paradigme, le mec fait son chemin tout seul, fait son changement seul, l'objectif c'est l'autonomie complète ». Le FTT Électrique semble transformer la pratique, ne dépendant plus alors d'une organisation minutieuse et collective pour atteindre des sommets à haute altitude. Le fauteuil motorisé, en réinterroge ainsi la question de l'autonomie du pratiquant handicapé et donc, de son rapport à l'environnement qu'il s'agira de questionner de nouveau.

Références

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1

Extrait du film « 6000 mètres à corps et à cœur » réalisé en 2005 et produit par L'œil du Miroir.

2

Extrait du Trek Equateur en 2000, source : http://ftt.free.fr/fr/news/old/news2.htm.

3

En 2005, Jeff Pagels, réussit l'ascension d'un sommet de 4320 m, dans le Colorado, à la seule force de ses bras, source ftt.free.fr.

4

Lettre d'expertise sur le FTT du Pôle Ressources National Sport et Handicaps (2011).

6

Entretien avec Gilles Bouchet, pratiquant pionnier de FTT en France.

7

La revue Handisport Magazine parait en 1982. Elle fait suite à la série de cinq revues publiées par les différentes associations qui ont fédéré le mouvement handisport en France des années 1950 aux années 2000: la Revue des mutilés de France (1955–1959), l'ASMF Magazine (1959–1963), le Second Souffle (1964–1981), le FFHOP Magazine (1972–1977) et la revue Handisport Magazine (à partir de 1982). Depuis 2011, le nouveau nom de la revue est Handisport Le Mag.

8

Les chiffres clés du handicap 2014, Ministère des affaires sociales et de la santé, INSEE 2015.

9

La pratique sportive des personnes handicapées en club en France s'est largement diffusée et institutionnalisée, construit sur le modèle sportif de la recherche de la performance, pour créer en 1977 la Fédération française handisport.

10

Les médias participent à la mise en scène du handicap (en couvrant par exemple les Jeux paralympique, un événement international majeur organisé par le Comité international paralympique créé en 1989), et n'appréhendent pas le sport des personnes handicapées et les sportifs handicapés de façon homogène et ce, d'un pays à l'autre (Marcellini & de Léséleuc, 2001 ; Schantz & Gilbert, 2001).

11

En 1990, Jean-François Porret (tétraplégique) importe des États-Unis le premier FTT en France pour pratiquer de la randonnée sportive en montagne. Ce FTT, baptisé « Cobra » est imaginé à la fin des années 1980 par l'américain John Castellano (diplômé du Massachussets institut of technology et ingénieur à la NASA).

12

L'industrialisation progressive du FTT depuis la fin des années 1990 permet de répondre à un marché innovant offrant de plus en plus de possibilités : compétition, loisir, expédition, tourisme.

13

Gilles Bouchet se rapproche de la section génie mécanique de l'IUT d'Annecy, pour concevoir un FTT avec son ami Bernard Laviolette (conseiller technique départemental de Voile dans le département du Rhône). Ils créent le « Dahu » inspiré du « Cobra » de Porret. « On l'a appelé le Dahu parce son nom symbolise “le bancal” (...) à la fois avec la pente, et à la fois avec le Handi. Et puis c'est un animal mythique, aux longueurs de pattes inégales, et que l'on voit jamais ». Le Dahu plus robuste fait 25 kilogrammes (140 × 85 × 70 cm) contre 20 kilogrammes pour le Cobra (125 × 75 × 90 cm). L'idée étant de fabriquer un FTT « plus facile à faire avec du matériel de vélo standardisé (…) des pièces plus faciles à changer, des soudures plus robustes (…) » (GB).

14

Le « Lozère », conçu par la société BFP Electronique, est décrit comme « un fauteuil de promenade intermédiaire entre un fauteuil de ville et un véritable engin tout terrain » (HM no 99, 1999 : 42).

15

Dans un premier temps, la pratique du FTT se développe hors fédérations grâce à Jean-François Poret et Gilles Bouchet, des « montagnards » qui souhaitaient poursuivre leurs passions. Ils développent ainsi le FTT dans l'esprit des sports de plein air souvent en dehors du mouvement handisport. Cet objectif s'accompagne toutefois d'une volonté fédérale de développer les activités de pleine nature adaptées à travers des projets portés localement par les comités départementaux et régionaux, ainsi que par les commissions sportives par l'organisation d'une offre sportive ponctuelle et encadrée.

16

Avant l'apparition du FTT, on pouvait identifier la « Joëlette » ou la « Joëlle ». Il s'agit d'un « fauteuil tout terrain mono roue, capable de passer partout, mais nécessite la présence de deux porteurs accompagnateurs » (HM no99, 1999: 42).

17

Les expéditions sont mis en place dès l'émergence du FTT en France, car pour Jean-François Porret les expéditions représentent véritablement sa vie « d'avant », et représente ainsi une ultime étape vers une normalité retrouvée. Si l'organisation de ces expéditions se fait « pour» lui, il en est le « chef d'expé » à la fois le concepteur et le responsable (gestion de la logistique et des relations avec les autorités locales).

18

Au cours de ces raids les FTTs sont testés, modifiés et améliorés participant d'un processus d'innovation technologique qui tend vers deux directions : la sécurisation et l'autonomisation des pratiquants. « Les dimensions techniques et sociales (assemblage d'humain et matériels) », sont améliorées pour une utilisation et un confort optimal de l'engin, naviguant entre « adaptation et réinvention » (Quéré, 1989).

19

Gilles Bouchet met en place six raids au Maroc entre 1995 et 2001 soutenu par l'ASSPA (Association Sport Solidaire de Plein Air) : en octobre 1995, le massif du Toubkal; en octobre 1996 à Aït Bouguemez; octobre 1997 à Djebel Sagho ; octobre 1998 à Zaouit Ahanessal; octobre 1999 au Rivages d'Essaouira et en mai 2001 au Massif du Siroua. Jean-François Porret suivra Bouchet sur les trois derniers raids, fort de sa propre expérience après avoir éprouvé le terrain marocain en avril 1992 au Sud du M'Goun et en septembre 1994 lors de la traversée du Nord au Sud du Haut Atlas.

20

Deux journalistes de France 2 auront l'occasion de participer à l'une des nombreuses expéditions qu'à partir de 2013 au Népal. Assistés par les bénévoles de l'association Samoens Handi-glisse, les journalistes produiront un documentaire intitulé « Les Annapurnas dans un fauteuil ».

21

Le site http://ftt.free.fr a été créé en juillet 2000. Actuellement, plus de 200 parcours praticables, en France et à l'étranger, y sont répertoriés.

Citation de l'article : Perera E, Villoing G, Ruffié S, & Gosset S (2017) Le Fauteuil Tout Terrain, une « paire de chaussures de montagne » : expériences corporelles et reconfigurations identitaires. Mov Sport Sci/Sci Mot, 97, 9–16

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