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Numéro
Mov Sport Sci/Sci Mot
Numéro 97, 2017
Technologies et techniques des sports : le regard de l’histoire et des sciences humaines et sociales
Page(s) 45 - 52
DOI https://doi.org/10.1051/sm/2017026
Publié en ligne 12 janvier 2018

© ACAPS, EDP Sciences, 2017

L'histoire s'intéresse depuis longtemps à l'innovation, mais le concept en lui-même est d'usage encore relativement rare en histoire sociale comme en histoire culturelle1. Gal, Saint-Martin, et Judet (2014, p. 9) le précisent très justement dans un volume à propos de l'innovation en montagne : « une idée reçue voudrait que l'innovation soit un phénomène attaché exclusivement à notre monde contemporain marqué par le tout technologique », alors que « l'imprimerie, la machine à vapeur, l'ampoule à incandescence… montrent que l'innovation, dans ses dimensions technologiques et humaines, est un phénomène ancien ». La géographie, l'anthropologie et surtout la sociologie et l'économie sont plus au fait de cette notion. En géographie, le concept de diffusion contribue très directement à cette question, tout en sachant que plusieurs approches différentes existent à ce sujet. En sociologie, le laboratoire de l'école des mines constitue un groupe de recherche majeur à propos de l'innovation. Mais c'est surtout en économie, que le travail fondateur de Schumpeter (1935, 1951) formalise clairement ce processus et les mécanismes à l'origine de ce dernier. De fait, on retiendra que toute forme de nouveauté n'est pas une innovation. Une initiative, aussi pertinente soit-elle, qui reste lettre morte n'en n'est pas une. L'innovation correspond à la diffusion d'une invention à travers le temps et l'espace. L'innovation est une invention socialement adoptée.

L'histoire du sport, qui n'avait pas non plus directement mobilisé ce concept, est en train d'évoluer à ce sujet sous l'effet des recherches pluridisciplinaires menées au sein du LabEx ITEM (Innovation et Territoires de Montagne) dont une grande partie est consacrée au sport et au tourisme (Attali & Saint-Martin, 2015 ; Dalmasso & Boulat, 2012 ; Vignal, Boutroy, & Reynier, 2017) et sous l'effet du renouveau de l'histoire des techniques sportives (Loudcher, 2011 ; Robène, 2013 ; Robène & Léziart, 2006). Donnant suite, sur ce point, à l'histoire économique, seule branche de la discipline à traiter depuis relativement longtemps des innovations, notamment industrielles, et surtout à travers des références à l'anthropologie qui bénéficie d'une tradition d'étude des innovations et de la transmission de ces innovations au sein des populations indigènes, Robène (2014, p. 101) en appelle à ce concept, et affirme que « de l'histoire des techniques à l'histoire de l'innovation, la construction sociale des technologies du sport ouvre un champ prometteur ». L'auteur de ce texte programmatique recommande de mobiliser les acquis de plusieurs disciplines déjà citées, mais semble négliger la géographie. Le travail mené en géographie sociale, historique et culturelle par Augustin (1996) et Augustin et Malaurie (1997) montre pourtant le chemin au plan théorique et empirique.

Dans le cadre de ce numéro thématique en histoire des techniques sportives et à partir des apports croisés de la sociologie des innovations et de la géographie, cet article traite d'un objet technique au fondement des pratiques d'ascensionnisme mais dont l'histoire complète est assez mal connue : le piton d'escalade. En effet, de très nombreuses études portent sur l'évolution et l'organisation de ces pratiques – de l'excursionnisme cultivé aux dernières compétitions de vitesse2 –mais il ne faut compter que sur un seul paragraphe de Hoibian (2000, pp. 155–156)3 et une partie du travail de thèse récent de Moraldo (2017)4 pour ce qui est de l'apparition du matériel qui nous préoccupe. D'autres études comportent quelques lignes à ce sujet, mais sans apporter d'informations nouvelles, et l'article bien nommé « Les instruments de l'alpiniste » rédigé par Duez (2009) correspond finalement à un travail d'énumération ethnographique ne pouvant servir que de préalable à une exposition. Enfin, s'il fallait rappeler la dimension franco-française d'une telle historiographie du sport (Robène, 2014), les études pourtant remarquables de Hansen (2013), Holt (2008) ou Keller (2016) au niveau international ne discutent que peu ou pas du sujet.

Au plan méthodologique, ce travail repose sur l'étude de sources écrites primaires et secondaires, que constituent les récits de course en montagne et les biographies ou autobiographies d'alpinistes et de pyrénéistes sur la période concernée (matériellement disponibles sous forme de livres, traduits et parfois réédités). Le traitement de ces données respecte une méthode historiographique de croisement des sources, de cohérence chronologique, d'analyse thématique et transversale simple. Les sources sont mentionnées en note au cours de l'article. À la suite de Moraldo (2014), ce travail confirme notamment l'intérêt de cette forme de matériel empirique pour une étude des pratiques sportives, tout en sachant les différents biais dont il convient de se prémunir.

1 De l'invention du piton d'escalade à la constitution d'une école des Alpes orientales

Le piton (c'est-à-dire une lame de fer percée à l'une de ses extrémités, placée en force dans une faille de la roche) est une invention de quelques guides autrichiens du Tyrol au tournant des années 1900. On cite principalement Hans Fiechtl (1884–1925) qui exerçait dans le massif du Kaisergebirge5. Difficile à mettre en œuvre dans un premier temps puisqu'il était nécessaire à chaque fois de se désencorder pour passer la corde dans l'orifice du piton, l'adoption conjointe du mousqueton emprunté aux sapeurs-pompiers de Munich va concrétiser les possibilités de ce dispositif6. On cite à ce sujet, Otto Herzog (1888–1964), qui pratiquait notamment dans le massif du Karwendel et qui est surtout l'auteur d'une première ascension rocheuse avec Hans Fiechtl au Schüsselkarspitze en 1913, durant laquelle les deux hommes démontrent l'intérêt de cette nouvelle technique. Il serait le « premier grimpeur à avoir utilisé le mousqueton pour relier la corde aux pitons »7. Plus encore, l'usage des pitons et des mousquetons en acier se développe autour de Hans Dülfer (1892–1915). Ce jeune autrichien apparaît comme un acteur déterminant de cette diffusion dans la mesure où sa notoriété est considérable. Dès lors, plusieurs alpinistes italiens adoptent ce matériel. À Cortina d'Ampezzo, Angelo Dibona (1879–1956) devient l'un des protagonistes de cette méthode contre l'avis des plus vieux guides maîtres. Il utilise notamment des pitons durant l'ouverture de la face nord de la pointe Laliderer en 1911 puis au cours de « différentes escalades difficiles » en 19138. La Première Guerre mondiale en 1914–1918 met ces activités en suspens, mais ne modifie pas le mouvement en faveur de cette technique.

Selon cette méthode, la sécurité du grimpeur de tête est assurée au fur et à mesure de l'escalade, par un passage de la corde dans des pitons enfoncés dans les failles de la roche. Ce dispositif empêche la chute complète du grimpeur qui dévisse. En effet, il ne s'agissait jusqu'alors que de passer la corde autour de pointes rocheuses ou de considérer que l'équilibre des forces et l'irrégularité du parcours suffiraient à stopper ou du moins ralentir cette chute9. D'ailleurs, à la suite de plusieurs accidents au cours duquel la chute de l'un des membres de la cordée emportait finalement tous les autres, certains alpinistes de cette époque remettent en cause l'usage même de la corde comme moyen de prévenir les risques. Cette méthode apparaît dès lors comme une réponse technique pertinente dans ce débat.

Sur un autre plan, les pitons peuvent même faciliter la progression, le grimpeur peut tirer dessus par la force de ses bras, ajouter un morceau de corde pour mettre le pied ou plus tard même une sorte de courte échelle. Différentes méthodes de franchissement d'un surplomb sont expérimentées par les alpinistes des Dolomites qui deviennent experts à ce sujet. Dans le Val di Fassa, Tita Piaz (1879–1948) surnommé le Diable des Dolomites, défend à plusieurs reprises cette nouvelle approche. En 1912, il réussit de cette manière la première ascension de la Punta di Frida aux Tre Cime di Lavaredo, triple sommet rocheux emblématique du massif10.

En fait ces deux aspects11 bien différents préfigurent la divergence entre une escalade libre durant laquelle les cordes, les mousquetons et les pitons ne servent qu'à assurer la sécurité et une escalade dite artificielle dans laquelle le matériel est utilisé afin de progresser12. Mais ce n'est pas le sens des quelques débats qui animent les alpinistes des Alpes orientales à cette époque. L'usage de ce matériel est opposé globalement à une grimpe sans aucune sécurité (qui préfigurerait plutôt l'escalade dite en solo) que défendent des puristes comme Paul Preuss (1886–1913). Les sources montrent d'ailleurs la nature des échanges entre Paul Preuss et Tita Piaz dont la sœur affirme dans une lettre au précédent « si mon frère t'avait écouté, il ne serait pas mort »13.

Durant cette période la majorité des alpinistes fabriquent eux-mêmes leurs pitons avec l'aide d'un ferronnier. Cela donne à reconnaître les itinéraires et les auteurs des voies ainsi ouvertes, parées d'une sorte de signature. Dans les Dolomites, plusieurs guides sont réputés pour leur fabrication artisanale de pitons en acier. À Courmayeur, le guide Laurent Grivel, héritier d'une grande famille de forgerons valdôtains14, se spécialise dans les crampons et bientôt également les pitons. Autour de Munich, la fabrication prend de l'envergure autour des années 1930. À travers l'entreprenariat et l'apparition d'un circuit de distribution de ce matériel, c'est le début du processus d'innovation (au sens de Schumpeter, 1935). Au niveau institutionnel, le Club alpin Austro-allemand (DÖAV) favorise cette expertise, avec notamment sa section du Bayerland qui représente la « section d'élite au plan technique de l'alpinisme Austro-allemand »15, avec également les publications de Leo Maduschka (1908–1932) qui détaille les différents éléments de cette approche que l'on nomme aussi plus précisément école bavaroise des Alpes orientales.

Dans tous les cas, cette situation assure aux alpinistes austro-allemands et, dans une moindre mesure, italiens, une position de supériorité nouvelle dans le domaine des pratiques ascensionnistes. Restés un demi-siècle dans l'ombre des Britanniques ou des Français (pour des raisons parfaitement analysées par Mestre, 2000), les Autrichiens et les Allemands obtiennent dès lors la reconnaissance de leur performance sur le rocher comme dans la neige et la glace. On peut tristement évaluer cet équilibre entre les nations au nombre de morts par pays d'Europe dans les « grands problèmes qui se posent alors » comme en témoigne Rainer Rettner : « entre 1935 et 1938, tous les morts de la face nord de l'Eiger en Suisse étaient originaires d'Allemagne, d'Autriche ou d'Italie, c'est-à-dire les nations qui avaient le meilleur niveau à l'époque »16.

2 Une opposition chamoniarde à l'usage des pitons constitutive d'une école des Alpes occidentales

Contre cette école des Alpes orientales, les alpinistes du Mont-Blanc refusent cette méthode. « Pour eux planter un piton est un sacrilège »17. Non seulement les guides de Chamonix n'ont pas connaissance de l'usage des pitons et des mousquetons avant-guerre, mais selon les témoignages « ce rejet va caractériser l'alpinisme français de l'entre-deux-guerres »18. Le grand guide chamoniard Armand Charlet (1900–1974) n'utilise aucun piton en 1928 lorsqu'il gravit l'Isolée des Aiguilles du Diable19. S'il relativise dans ses mémoires le discours qu'il pouvait tenir à ce sujet, l'ensemble des sources témoignent de son opposition explicite à ce matériel. Le Groupe de haute montagne (GHM) du Club alpin français (CAF), qui regroupe « l'élite des alpinistes et des rochassiers de haut niveau en France », composé de jeunes aristocrates parisiens plutôt que de familles chamoniardes (Hoibian, 2000) partage le tabou du piton. Cet organe, fondé en 1919 au sein du CAF20, participe au mouvement de l'alpinisme sans guide et organise un certain nombre de réalisations majeures dans ce sens. « En s'attaquant aux grands problèmes alpins jusque-là résolus grâce au concours de guides remarquables, les membres du GHM donnent à la France une place prépondérante dans le développement de l'alpinisme sans guide »21 témoigne Roger Frison-Roche (1906–1999) mais il regrette cette prise de position du GHM : « ils se sont obstinés à continuer l'alpinisme britannique ou helvétique dans ses traditions les plus pures. En négligeant d'étudier l'alpinisme oriental, ils retardaient de dix ans l'évolution de l'alpinisme français ».

Cette situation permet la réussite des alpinistes austro-allemands en Europe, et dans une moindre mesure celle des alpinistes italiens. De plus, à la différence de Zermatt ou de Chamonix où les guides s'opposent à la formation par crainte de perdre leur clientèle, les « grimpeurs allemands disposaient, à proximité des grandes villes, de terrains d'escalade où ils formaient de véritables écoles de rocher »22. Cette nouvelle génération étrangère devance ainsi plusieurs fois les Français dans le massif du Mont-Blanc23. En 1931, par exemple, le célèbre bavarois Wilhelm Welzenbach (1900–1934) réussit la face nord de l'aiguille des Grands Charmoz.

Ce refus du pitonnage contribue plus largement à la constitution d'une école des Alpes occidentales, notamment chamoniarde et valaisanne, qui diverge sur bien des points de l'approche des Alpes orientales, notamment l'école bavaroise24 : les mousquetons et les pitons, mais aussi le cramponnage latéral (avec des crampons à dix pointes) contre le cramponnage frontal (crampons à douze pointe, dont deux à l'avant), le piolet à manche long contre le piolet à manche court, ou encore la nature des semelles et certains détails vestimentaires. Autant d'aspects qui vont perdurer sous l'effet des institutions alpines nationales, le GHM, le CAF et surtout la future École nationale de ski et d'alpinisme (ENSA) en France (voir à ce sujet Attali, 2015 ; Hoibian, 2000, 2008) dans un contexte géopolitique qui donne un sens particulier à la constitution de telles oppositions.

Les interprétations à ce sujet sont assez délicates mais très intéressantes à faire. En effet, si l'instrumentalisation par le régime Nazi des victoires accumulées dans les Alpes ou des expéditions plus lointaines à des fins de propagande est reconnue (Keller, 2016 ; Mestre, 2002 ; Raspaud, 2003)25 et peut se voir subjectivement condamnée, les sources dévoilent des formulations françaises qui mobilisent cette thématique pour dévaloriser la méthode ou la performance de l'école bavaroise. Face au matériel développé à Munich et à l'audace des jeunes alpinistes autrichiens ou allemands, Armand Charlet répond ainsi que « ce n'est plus de l'alpinisme, c'est de la guerre »26. Plutôt que de séparer la situation géopolitique des réalisations en montagne, celle-ci devient le motif utilisé pour rejeter la réussite des alpinistes étrangers et maintenir une doxa contre l'innovation des Alpes orientales.

3 La position des alpinistes britanniques

Les alpinistes britanniques, réunis au sein de l'Alpine Club, prennent position contre l'utilisation des moyens artificiels, pitons et mousquetons. Robert Irving (1877–1969) est particulièrement représentatif de ce mouvement. Dans son livre The Romance of Mountaineering publié en 1935, il affirme ainsi : « La grande invention dont cet âge de la machine a doté le grimpeur est le piton […]. Il peut être orné d'un anneau, de sorte que les plus fières faces rocheuses subissent la dégradation […]. Cet anneau s'ouvre comme le fermoir d'une chaîne de montre d'où son nom de mousqueton en français, de moschetone en italien, de karabiner en allemand. Il n'y a pas de mots anglais correspondant, l'objet étant anti-anglais de nom et de nature »27. Il blâme d'ailleurs par un raisonnement éthique, bien étudié par Moraldo (2017), les cas de pitonnage qu'il a pu connaître au cours de ses ascensions ou de celles de ses compagnons de cordée. De même, plusieurs articles de l'organe officiel du club, The Alpine Journal, critiquent de telles méthodes d'ascension28. D'ailleurs, le colonel Strutt29, rédacteur en chef de la publication entre 1927 et 1937, se trouve être « notoirement connu pour sa résistance obstinée aux innovations, au ski-alpinisme, aux crampons et à l'escalade artificielle »30. Autant dire que les propos des Britanniques sont parfois vifs contre « la ferraille » des alpinistes allemands et autrichiens.

Dès lors, ces derniers vont rester un certain temps à l'écart des grandes parois rocheuses dans les Alpes. Alors que l'alpinisme britannique était à son apogée en ayant imposé sa forme aristocratique et victorienne d'ascensionnisme à travers tous les massifs du monde (Hansen, 1996 ; Tailland, 1997), Frison-Roche décrit à ce sujet une « stagnation » qui caractérise selon lui l'immédiate avant-guerre et une grande partie de l'entre-deux-guerres : « il y eut Whymper et Mummery […] ; il y aura désormais Solleder ou Lauper, Comici et Cassin, Welzenbach ou Merkl »31. Sans revenir trop longuement sur ce constat, qui confirme d'autres études (Engel, 1971 ; Hoibian & Defrance, 2002), on peut toutefois souligner cette reconfiguration des hiérarchies alpinistiques en Europe, ce que l'on pourrait nommer à partir d'une certaine perspective sociologique : une reconfiguration du champ.

4 Les pyrénéistes contre l'école des Alpes occidentales

Toujours en France, mais dans les Pyrénées qui donnent naissance à un mouvement particulier du nom de pyrénéisme, les groupes de Toulouse, Pau ou Tarbes adoptent rapidement les vues de l'école des Alpes orientales plutôt que la doxa de Chamonix, du CAF ou des Britanniques.

Effectivement dès le début de l'entre-deux-guerres, le pyrénéisme s'éloigne encore davantage d'une recherche scientifique et littéraire qui pouvait jusqu'alors le caractériser (Berdoulay & Saulé-Sorbé, 1993 ; Mayoux, 1995 ; Suchet, 2009) avec de nouveaux itinéraires rocheux difficiles, des ouvertures en faces nord, des escalades en hivernales ou en solitaire… mais surtout le piton d'escalade et les mousquetons dès le début des années 1930. Le pyrénéisme parvient dans ces conditions à un niveau de difficulté d'ascension comparable ou supérieur à celui des cordées alpines de cette période.

Au départ, il s'agit de Jean Arlaud (1896–1938), médecin d'origine savoyarde installé à Toulouse. Il s'implique en faveur du ski dans les Pyrénées. Investi dans la Fédération pyrénéenne de ski, Jean Arlaud fonde en 1920 le Groupe des jeunes (GDJ) pour un pyrénéisme technique, prioritairement sans guide. Le groupe basé à Toulouse est particulièrement actif durant les années 1920–1935 autour du Vignemale32. Auteur de nombreuses premières, Dent d'Orlu, pointe de Chaussenque par l'aiguille des glaciers, Jean Arlaud acquiert une notoriété nationale en tant que médecin de la première expédition française en Himalaya, en 1936, au Karakorum33. Au cours des années 1920, d'autres initiatives émergent à Pau entre jeunes passionnés de montagne. En particulier, la constitution secrète du Kroquants-club, dissous par un drame en 1923 puis reconstitué ensuite sous le nom du Clan des Chats Noirs34, dont les chaises des membres décédés en montagne restent autour de la table mais voilées de crêpe noir.

Dans les années 1930, deux ascensionnistes, également originaires de Pau, vont s'illustrer en pyrénéisme de difficulté : Robert Ollivier (1911–1997) et François Cazalet (1912–2004). À la suite de plusieurs réalisations importantes, ils décident « la création d'un groupe de montagne auquel serait assigné un triple but : réunir les meilleurs grimpeurs des Pyrénées, faciliter la formation de fortes cordées et promouvoir ce faisant le pyrénéisme au rang de l'alpinisme national puis international. Ce but, d'après eux, n'était pas suivi avec suffisamment de rigueur par le GDJ fondé par Arlaud »35. Selon Robert Ollivier, le groupe de Toulouse étouffé par la personnalité d'Arlaud, ne souffrant pas de concurrence, favorisait peu les initiatives. Sur le terrain, transparaît une rivalité entre Toulouse et Pau. Robert Ollivier, François Cazalet, entourés de quelques autres fondent le Groupe pyrénéiste de haute montagne (GPHM) en 1933. Le groupe organise des ascensions, notamment autour du pic du Midi d'Ossau puis permet l'édition des premiers guides d'escalade en Pyrénées. Le GPHM témoigne dans son intitulé d'une référence évidente au GHM issu du CAF à Paris, mais adopte une position contraire quant à l'adoption du piton en franchissement rocheux36. Le GPHM approuve formellement l'emploi du piton et à Pau les jeunes peuvent apprendre son usage durant les stages. Selon plusieurs sources, « à la fin des années 1930, certaines cordées pyrénéennes sont plus performantes et audacieuses sur le rocher que les cordées chamoniardes »37. En France, plutôt que pyrénéisme de difficulté, les personnes écrivent à l'époque « pyrénéisme d'avant-garde », puisque mobilisant une méthode et un matériel refusé dans les Alpes.

Rassurée par cette technique d'encordement, la concurrence au sein de cette jeune génération motive des ascensions toujours plus difficiles. Robert Ollivier et François Cazalet organisent l'ascension du très difficile couloir de Gaube au Vignemale, jamais répétée depuis Henri Brulle, et connue pour avoir repoussé Jean Arlaud du GDJ. Au milieu de l'été 1933, l'équipée réussit enfin le couloir, mais en fait, deux jours plus tôt, Henri Barrio (1912–1969), un autre pyrénéiste local enlève cette ascension convoitée. Robert Ollivier raconte à ce sujet « Ce 15 juillet 1933, à notre descente du sommet, si François avait rencontré Barrio sur le glacier du Vignemale, […] un pugilat n'eut pas manqué d'éclater »38. Comme une signature, les hommes du GPHM retrouvent un piolet de Barrio en haut du couloir. Il en est de même sur la face Nord de la Pique Longue, au Capéran de Sesques, « Barrio utilisait des pitons particuliers qui valaient toutes les signatures : des pitons à tête carrée qu'il se faisait faire à Saint Cricq. […] chaque fois ces pitons étaient retrouvés, preuve du passage de Henri Barrio... Cazalet disait, médusé, ici aussi il est venu ! »39. Antérieurement, lorsque Jean Arlaud du GDJ pense réaliser la deuxième ascension de la grande aiguille d'Ansabère durant l'été 1927, il retrouve au sommet le fanion du Clan des Chats Noirs40. Principalement durant les années 1930, Robert Ollivier du GPHM, devient l'auteur de 48 premières et de presque autant d'autres ascensions difficiles. Une émulation qui n'est pas sans risque, à l'image des nombreux accidents de la jeunesse allemande ou autrichienne dans les Alpes orientales. Autant de performances qui restent très peu mentionnées ou citées en dehors des publications locales41.

5 La généralisation du pitonnage en Europe

Les défenseurs d'un usage des pitons dans les Alpes occidentales sont rares au début des années 1930. La majorité des alpinistes n'a surtout pas connaissance de ce matériel (à l'image de ce jeune membre du CAF en 1932 du nom de Pierre Chevalier qui observe ces lames de fer dans un refuge au milieu du matériel d'un groupe italien ; très étonné, il en prend des photographies afin de pouvoir en parler autour de lui sans que personne ne puisse immédiatement lui répondre)42. Mais, ces mêmes années, un article d'Emilio Comici, déjà cité comme protagoniste de cette méthode des Alpes orientales, fait l'objet d'une traduction dans la revue du GHM. C'est la première mention explicite de ce vocabulaire en France43. C'est directement l'adoption par imitation de cette méthode dans les Pyrénées que l'on vient de traiter, mais aussi le début de certains débats dans les Alpes. Le sujet progresse au cours des années 1930 et localement à Chamonix, Alfred Couttet (1889–1974) considéré en fait à égal du maître Armand Charlet s'intéresse au matériel des Italiens. Selon le témoignage de Roger Frison-Roche, « un esprit inventif éclectique ; sa curiosité le pousse à parcourir toutes les Alpes [à la différence de Charlet, très attaché au massif du Mont-Blanc]. Il connaît les massifs montagneux de l'Europe depuis la Sierra Nevada jusqu'aux Tatras ! Il fait de fréquents voyages dans les Dolomites, […] observe et ramène à Chamonix des pitons et des mousquetons, qu'il fait immédiatement fabriquer en série chez Simond, aux Bossons (vraisemblablement au milieu des années 1930) »44. L'influence d'Armand Charlet va ralentir encore un certain temps l'usage de ce matériel, mais quelques rochassiers commencent à expérimenter cette méthode. Le manuel d'alpinisme du CAF de 1934 présente le sujet au titre des « méthodes étrangères »45. Au sein du CAF, c'est le GHM, composé d'une jeunesse aristocratique urbaine distante de Chamonix, qui va contester le moins longtemps l'usage de ce dispositif d'escalade. Dans le même temps, la position britannique évolue sensiblement à travers quelques articles du très officiel Alpine Journal46. Autour de Grenoble, sur la fin des années 1930, les alpinistes du massif des Écrins utilisent des pitons, mais ce n'est pas le cas dans le massif de Belledonne ou dans celui de la Chartreuse47. Les pitons sont alors surtout utilisés pour fixer la corde au moment de redescendre en rappel, rarement pour assurer la progression. Des guides de Grenoble fabriquent à cet effet des pitons montés avec un anneau fermé par soudure. Ils n'utilisent pas de mousqueton.

En 1939, la Seconde Guerre mondiale détourne brutalement la jeunesse des activités de montagne, mais pour ceux qui restent ou qui reviennent après l'armistice, la période d'occupation 1940–1944 marque une étape non négligeable de l'histoire de l'escalade et de l'alpinisme en France. Concernant le matériel et les méthodes d'ascension, la situation politique modifie quelque peu la donne avec notamment la création de Jeunesse et Montagne, organisme intermédiaire entre un regroupement de camps de vacances et un service civil dans les Alpes ou dans les Pyrénées qui comporte une formation plus ou moins avancée aux techniques de corde (voir à ce sujet Hoibian, 2002). Parmi les stagiaires de cet organisation, placée sous l'autorité d'un militaire, la future génération qui n'est pas sous l'emprise du CAF, du GHM ou des guides chamoniards peut librement échanger sur l'usage des pitons et des mousquetons. S'y trouvent notamment Lionel Terray (1921–1965), Louis Lachenal (1921–1955) ou encore Gaston Rébuffat (1921–1985). On pense également à la multiplication des ouvertures dans le massif des Écrins, moins défavorable à l'usage du piton, étudiée par Bourdeau (2002). Cet auteur montre le renouvellement de génération et le contexte particulier des cordées d'alpinistes au milieu des Maquis de l'Oisans, mais aussi l'importance de ce massif des Écrins, moins défavorable à l'usage du piton, dans l'évolution de l'activité, face au massif du Mont-Blanc. Enfin, notons la présence de moins en moins marginale du piton de progression (et pas seulement comme point fixe pour la descente en rappel) dans les explications du manuel majeur de 1943, La Technique de l'Alpinisme publié par Edouard Frendo et le commandant Pourchier48. Sans revenir en détail sur l'adoption progressivement par telle ou telle cordée, dans tel ou tel massif de ce matériel au cours de ces années 1940, force est de constater la généralisation effective du pitonnage au lendemain de la Seconde Guerre mondiale en vallée de Chamonix comme partout en Europe. Autant d'aspects qui caractérisent l'accomplissement du processus d'innovation.

6 Conclusion

Ce travail relatif aux méthodes et au matériel d'alpinisme et d'escalde met en évidence le processus d'innovation à l'origine d'un objet technique au fondement de ces pratiques, dites sportives, mais discute aussi des facteurs de contraste dans la diffusion d'une fabrication artisanale et de ses usages en Europe au début du XXe siècle. Inventé par des guides dans le Tyrol au tournant des années 1900, l'usage du piton, et bientôt d'un mousqueton permettant d'y passer la corde, se développe autour de Munich puis de Cortina d'Ampezzo. La majorité des alpinistes fabriquent alors individuellement leurs pitons avec l'aide d'un ferronnier. Mais contre cette école des Alpes orientales, les alpinistes du Mont-Blanc refusent cette méthode. En France, Le GHM du CAF partage le tabou du piton. C'est également la position des alpinistes britanniques qui traversent dès lors une période de stagnation face à la réussite des alpinistes autrichiens, allemands et italiens. Cependant, à l'intérieur même de la France, le pyrénéisme s'accorde plutôt avec l'école des Alpes orientales en faveur du piton dans une situation de rivalité de notoriété envers les cordées chamoniardes.

Indépendamment d'une histoire des pratiques sportives, ces résultats dévoilent les conditions sociales, économiques et culturelles d'une adoption et d'une diffusion d'un objet technique en montagne au cours de la première moitié du XXe siècle dans un contexte géopolitique qui donne un sens particulier à la constitution de telles oppositions.

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1

Ce travail a fait l'objet d'une première communication au Colloque international du LabEx ITEM « La montagne, territoire d'innovation » organisé par l'Université Grenoble Alpes, du 11 au 13 janvier 2017. Remerciements aux autres participants de la session pour les questions qui ont permis d'approfondir cette étude.

2

Les études de Corneloup (1993, 1999), de Hoibian (2000, 2008) ou de Bourdeau (19881991) font notamment Référence

3

Cet auteur a également publié sur le thème des innovations technologiques en escalade ou en alpinisme, notamment à propos des structures artificielles d'escalade (SAE), des crampons d'alpinisme ou encore des vêtements de montagne, mais il n'est jamais revenu sur la question des points d'ancrage.

4

Portant étude des « grands alpinistes » britanniques et français dans leurs trajectoires de socialisation à l'alpinisme, sa thèse aborde les différentes modalités de l'activité, depuis son invention jusqu'à nos jours, à travers la notion d'éthique de pratique. Il en est donc notamment de l'usage ou non du piton d'escalade au début du XXe siècle.

5

Mitteilungen des Deutschen und Österreichischen Alpenvereins, vol. 51, 1925.

6

Si les sapeur-pompiers de Munich l'utilisent depuis quelques années dans leur matériel d'intervention, le mousqueton (karabiner en allemand, ce qui signifie « crochet pour carabine ») est à l'origine une pièce du système de portage des soldats de cavalerie pour attacher et détacher facilement leur carabine.

7

Uli Auffermann, Otto Herzog: Pionier des VI. Grades, texte non daté reproduit sur http://www.landderberge.at/default.asp?id=50694, Herzog, Otto (biographie). In Fritz Schmitt (coord.) Neue Deutsche Biographie. Berlin : Duncker & Humblot, 1969.

8

Horst Höfler, Dream Teams: Die erfolgreichsten Seilschaften des Alpinismus, Munich : Bruckmann Verlag, 2008. Carlo Gandini, Da Cortina d'Ampezzo alle Alpi: Angelo Dibona, Alpinista e Guida, Cortina d'Ampezzo : Unione Ladini d'Ampezzo, 2006.

9

Certains récits, que l'on peut dire géographiquement déterministes, estiment que la roche des Dolomites, un calcaire vertical, peu favorable aux coincements de la corde autour d'une écaille, nécessitait plus encore que le granit l'invention d'un système d'ancrage dans la paroi.

10

Tita Piaz, Le Diable des Dolomites, Grenoble : Arthaud, 1963. Réédition traduite de l'italien.

11

Un troisième aspect, contemporain des deux autres, consiste à utiliser et abandonner un piton précisément pour fixer la corde sur laquelle on redescend en rappel.

12

Divergence qui apparaîtra un demi-siècle plus tard (Aubel, 2005 ; Hoibian, 1995).

13

Gilles Modica, Vertiges. Chroniques, Chamonix : Guérin, 2013. Reinhold Messner, Paul Preuss, 1886–1913, Chamonix : Guérin, 2000.

14

Jean-Paul Walch, Guide technique et historique de l'alpinisme. Chamonix : Guérin, 2012, p. 83.

15

Anderl Heckmair, Les trois derniers problèmes des Alpes : la face nord du Cervin, la face nord des Grandes Jorasses, la face nord de l'Eiger, Paris : Arthaud, 1951. La seconde formulation est une traduction d'un entretien donné en marge de la parution par l'auteur, https://www.ukclimbing.com/articles/page.php?id=1004.

16

Rainer Rettner, Triomphe et tragédies à l'Eiger: À la conquête de la Face Nord (1932–1938). Grenoble : Glénat, 2009.

17

Jean-François Labourie, Rainier Munsch, Jean & Pierre Ravier. 60 ans de Pyrénéisme. Pau, Pin à Crochets, 2006, p. 59.

18

Jean-François Labourie, Rainier Munsch, idem.

19

Armand Charlet, Vocation alpine, Paris : Hoëbeke, 1998. Réédition de 1949.

20

Le GHM se sépare du CAF en 1930 tout en conservant un accord de collaboration avec lui.

21

Roger Frison-Roche, Les Montagnes de la terre. Tome 2 : La Montagne et l'homme, histoire de l'alpinisme. Paris : Flammarion, 1964, p. 322.

22

Roger Frison-Roche, idem, p. 320.

23

Roger Frison-Roche, Sylvain Jouty, Histoire de l'Alpinisme. Paris : Arthaud, 1996.

24

En référence à la section bavaroise du DÖAV.

25

Dans un contexte géopolitique de patriotisme ou de nationalisme affirmé dans plusieurs pays d'Europe (Berstein & Milza, 1986).

26

Sylvain Jouty, Hubert Odier, Dictionnaire de la montagne. Paris : Omnibus, 2009.

27

Robert L.G. Irving, La conquête de la montagne. Paris : Payot, 1936, p. 158. Traduction de The Romance of Mountaineering. London : Dent & Sons Ltd, 1935.

28

Arnold Lunn, skieur, alpiniste et personnalité importante dans l'histoire des activités de montagne, rédige, quelques années plus tard, une revue des controverses. Arnold Lunn, Alpine controversies: A centenary survey, Alpine Journal, 62(295), 1957, pp. 144–150

29

Et président de l'Alpine Club de 1935 à 1937.

30

Arnold Lunn, Alpine controversies: A centenary survey, Alpine Journal, 62(295), 1957, pp. 146.

31

Roger Frison-Roche, 1964, idem, p. 321.

32

Jean-Victor Parant, Jean Arlaud et le Groupe des Jeunes (1913–1964) Un âge d'or du pyrénéisme toulousain. Mercuès, Imprimerie Publi-Offset, 1991.

33

Jean Arlaud, Carnets de Jean Arlaud. Paris : Champion-Slatkine, 1986, 2 tomes. Georges Gaubert, Jean Arlaud, un grand pyrénéiste. Toulouse, Privat, 1939.

34

Ivan et Boris Thomas, Ansabère, un siècle de conquêtes. Oloron-Sainte-Marie, Monhélios, 2010. Ainsi que http://aiguillesdansabere.free.fr/html/Ascensions/Main1923calamecarrive.htm.

35

Ivan et Boris Thomas, Ansabère, un siècle de conquêtes. Oloron-Sainte-Marie : Monhélios, 2010. Ainsi que http://aiguillesdansabere.free.fr/html/pyreneistes/Cazalet/Cazalet.htm et Robert Ollivier, Comment fut fondé le GPHM. Revue Altitude, no 38, 1963.

36

Robert Ollivier, Escalade artificielle et sentiment montagnard, La Montagne, no 343, 1949, pp. 9–15.

37

Jean-François Labourie, Rainier Munsch, Jean & Pierre Ravier. 60 ans de Pyrénéisme. Pau, Pin à Crochets, 2006, p. 61.

38

Récits extraits de la revue Pyrénées, no 225, 2006.

39

Robert Ollivier dans la revue Altitude, no 69, et voir aussi le récit de François Cazalet, Mes souvenirs de guerre. (La montagne. Les années de guerre). Publication imprimée, 2003.

40

Ivan et Boris Thomas, Ansabère, un siècle de conquêtes. Oloron-Sainte-Marie, Monhélios, 2010.

41

Pour un panorama critique des publications pyrénéistes, voir notamment de Bellefon (2004).

42

Rapporté par Hoibian (2000, p. 155). Pierre Chevalier (1905–2001), spéléologue et alpiniste auteur de nombreuse première et notamment la traversée du Trou du Glaz dans le massif de la Chartreuse avec Fernand Petzl, futur fondateur de l'entreprise de matériel d'escalade.

43

Emilio Comici, L'escalade d'un surplomb, Alpinisme, 1932, pp. 126–127. En fait, dans son étude lexicographique, Tetet (1985, p. 288) identifie déjà une occurrence du mot en 1903 mais qui reste alors inaperçue.

44

Roger Frison-Roche, 1964, idem, p. 322.

45

CAF, avec le concours du GHM, Manuel d'alpinisme, Chambéry : Librairie Dardel, 1934, 2 volumes.

46

Notamment : W.D. Macpherson, Climbs from the Fründen Hut, Alpine Journal, 51(258), 1939, pp. 98–104. Charles Gos, A Winter's Day at Courmayeur, Alpine Journal, 50(257), 1938, pp. 228–238. L'usage du piton apparaît aussi dans la rubrique annuelle « Accidents » située en fin de volume qui détaille justement parfois les aspects techniques de l'ascension au moment fatal. Notamment : Accidents in 1937, Alpine Journal, 49(255), 1937, pp. 258–287. Accidents in 1938, Alpine Journal, 50(257), 1938, pp. 333–337.

47

À partir d'informations rapportées par Bourdeau (1988) et des sources qu'il traite.

48

(Commandant) Marcel Pourchier & Edouard Frendo, 1943, La Technique de l'Alpinisme. Grenoble : Arthaud.

Citation de l'article : Suchet A (2017) L'invention du piton d'escalade et sa diffusion en Europe. Étude d'une innovation sportive en montagne. Mov Sport Sci/Sci Mot, 97, 45–52

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