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Mov Sport Sci/Sci Mot
DOI https://doi.org/10.1051/sm/2019032
Publié en ligne 23 septembre 2019

© ACAPS, EDP Sciences, 2019

1 Introduction

Pour un pays et pour une métropole, être candidat à l’organisation des Jeux olympiques et paralympiques (JOP) est un enjeu de taille (Carey, Mason, & Misener, 2011 ; Devine, 2013). Pendant longtemps, le choix de candidater relevait d’une prise de décision n’appelant pas au débat citoyen, considérée comme un engagement diplomatique qui restait l’apanage des milieux politiques et économiques (Tomlinson, 2017). Pourtant, l’actualité récente a fait entrer en jeu de nouveaux acteurs dans le processus (Parent, 2016), et notamment le citoyen1, eu égard au caractère sociétal de ces projets événementiels d’envergure. Par exemple, des référendums décisionnels organisés dans les villes candidates à l’accueil des Jeux d’hiver (JOH) ou d’été (JOE) ont conduit à l’abandon de candidatures (ce fut notamment le cas à deux reprises en Allemagne, dans quatre villes différentes). Certes des opposants à l’organisation des Jeux dans un pays ont existé depuis bien plus longtemps, mais il s’agissait là d’une volonté délibérée de donner la parole aux habitants et, en quelque sorte, leur donner le dernier mot sur le devenir de la candidature.

D’autres candidats se refusent à cet exercice de démocratie directe par lesquels les habitants peuvent faire entendre leur voix sans passer par des représentants, mais, comme en France, inventent des formes de démocratie participative. Dans cette optique, les décisions restent prises par les représentants élus, mais avec la participation des citoyens. Cette participation peut prendre deux formes principales. La première est « ascendante » : c’est la prise en compte d’initiatives populaires, où la parole est « conquise » par des habitants, par des citoyens ; la seconde, « descendante », est caractérisée par le fait que la concertation est organisée à l’initiative des détenteurs du pouvoir ; c’est une participation « octroyée » (Koebel, 2009). C’est la plus fréquente, celle que l’on observe dans le cadre du programme « Héritage Paris 2024 » qui invite les citoyens (locaux et nationaux) à participer à l’élaboration de projets d’héritage social et environnemental dont la validation puis l’opérationnalisation incombe au comité d’organisation et à ses partenaires.

Tous les candidats2 aux Jeux olympiques et paralympiques déploient des efforts considérables pour conquérir l’adhésion de l’opinion publique. Ce peut être par une forte médiatisation, et notamment l’intervention de grands champions sportifs, ou encore par diverses promesses et garanties de retombées économiques. Récemment – et particulièrement depuis l’accueil de l’Euro 2016 –le conseil départemental de Seine-Saint-Denis et la ville de Paris affichent leur volonté d’impliquer les habitants dans l’accueil de l’événement. Ce sont ces changements récents dans les rapports entretenus entre les candidats aux JOP et les citoyens et habitants qui sont l’objet de la présente recherche.

L’Europe, après avoir constitué le berceau des Jeux est un terrain fertile, par la diversité des contextes qu’il agglomère, pour analyser la mise en place de dispositifs de démocratie directe ou participative, où la volonté est de faire du citoyen un acteur à part entière. Ainsi, nous questionnons la place du citoyen dans ce processus de candidature, qu’il se mobilise pour ou contre l’organisation des JOP dans sa ville, son pays. Nous questionnons également les effets réels d’une candidature sur les divers publics avec lesquelles ont été engagées des négociations et des concertations locales : de nouvelles perspectives ont-elles été envisagées et de nouveaux projets et partenariats ont-ils vu le jour, qu’en définitive la candidature ait été retenue ou non ? Observe-t-on un effet d’entraînement d’une candidature olympique en termes de dynamiques locales (nouveaux partenariats et projets) ? Quels sont les processus de conquête des publics envisagés par les porteurs de la candidature, notamment à travers le recours (ou non) aux outils de démocratie participative et/ou directe ? Enfin, quels sont les effets des initiatives citoyennes (Blondiaux, 2005) sur le devenir de la candidature ?.

Cet article présente les résultats exploratoires d’un projet IdEx « post-doctorat » qui a démarré en septembre 2018 et s’est achevé en août 2019. La contribution revient sur les fondements du projet en s’appuyant sur un état de l’art des impacts des grands événements sportifs internationaux (GESI). La question de la contestation et de la défiance de l’opinion publique à l’égard de l’accueil de GESI (et particulièrement des JOP) sera notamment discutée à partir de la littérature existante. Ensuite, à partir d’une analyse documentaire, nous présenterons dans une seconde partie les différents cas des candidatures de villes européennes aux JOP 2024. En premier lieu, Paris (France), qui fut déclaré vainqueur sans référendum, mais aussi finalement sans plus aucun rival ; Budapest (Hongrie), qui a retiré sa candidature sur des arguments économiques suite à une pétition d’origine étudiante (mouvement Momentum) ; Hambourg (Allemagne), qui a organisé un référendum et a vu le « non » l’emporter de peu ; et enfin Rome (Italie) qui a retiré sa candidature après un changement de maire et de politique municipale.

2 Les approches scientifiques des impacts des grands événements sportifs

2.1 De la question grand public à l’intérêt scientifique

De manière générale, les flux économiques croissants générés par le sport professionnel confèrent au phénomène sportif une place grandissante dans la société. Les grands événements sportifs, devenus totalement mondiaux, mettent en compétition des équipes nationales, des clubs sportifs ou des athlètes individuels (Andreff, 2011). L’attention soutenue des médias fait écho à un questionnement de plus en plus régulier des politiques autour de l’événementiel sportif. La question de la participation du public dans le cadre des candidatures aux JOP est un moyen d’aborder l’enjeu plus large de l’acceptabilité sociale de ces projets d’envergure et leurs impacts sur les populations locales. Ceci apparaît d’autant plus pertinent dans un contexte où la question de la représentativité des citoyens est particulièrement au centre des débats en Europe.

L’impact d’un grand événement sportif international est largement traité depuis une vingtaine d’années dans la littérature. Si l’essentiel des travaux se focalise dans un premier temps sur l’impact économique des grands événements (Burns, Hatch, & Mules, 1986 ; Gratton, Dobson, & Shibli, 2000 ; Preuss, 2005), depuis, les effets inhérents aux sphères sociale (Chalip, 2006 ; Misener & Mason, 2006 ; Taks, 2013), touristique et médiatique (Charrier & Jourdan, 2009 ; Gibson, 2003 ; Solberg & Preuss, 2007) ont également été éclairés. Certains auteurs ont même ouvert la voie à des approches originales cherchant à intégrer les différents effets sous un même impact transversal : humain (Weed, 2011) ou territorial (Bessy, 2013 ; Gouguet, 2004). Ces travaux dressent les contours d’une approche qualitative plus holistique, où les différents effets sont souvent traités par plusieurs champs disciplinaires tels que l’économie, la sociologie, l’histoire, la psychologie ou la politique (Parent, 2008).

Les dimensions sociale et politique sont donc abordées plus régulièrement depuis les années 2000 dans la littérature. Cette évolution s’accompagne d’une mutation des approches au sujet des impacts. Si « mesurer » et « évaluer » sont les maîtres-mots des premières études (Crompton, 2006), l’attention est de plus en plus portée sur la compréhension des effets. Cela génère l’apparition d’une méthodologie plus qualitative centrée sur le terrain, les acteurs et le contexte.

2.2 L’approche contextuelle d’un objet d’étude à la « destinée incertaine »

Bill Gerrard, économiste chargé d’ouvrir la conférence de l’European Association of Sport Management (EASM) à Dublin en 2015, explique que le contexte « n’est pas assez pris en compte par les chercheurs ». Selon lui, ce dernier constitue un point de départ que beaucoup semblent relayer au second plan, sous forme de variable complémentaire venant éclairer et expliquer des résultats statistiques dans la partie « discussion ». Ce type de déclaration (ré)ouvre le champ à un développement de l’empirie comme point de départ de la réflexion (Guillemette, 2006). Les sciences sociales et de gestion appliquées au sport se sont structurées comme disciplines à part entière, à la faveur des particularismes liés aux contextes étudiés. C’est pourquoi le contexte ne doit pas être abordé comme une simple caractéristique supplémentaire mais plutôt intégré telle une donnée centrale et structurelle (Gerrard, 2015).

En conséquence, pour comprendre les effets d’un grand événement sportif, il semble pertinent de s’attarder sur les ressources qui rendent possible son accueil tout autant qu’à celles qui permettent de le faire résonner auprès de la communauté locale (dispositifs parallèles, mobilisation des acteurs, programme d’accompagnement pour générer de l’« héritage »3). En ce sens, Weed (2015) évoque une approche réaliste4 en vue de comprendre comment les effets apparaissent, et ne visant pas seulement à les décrire. Il peut être pertinent pour cela de se focaliser sur les mécanismes en amont qui vont permettre, en s’appuyant sur des configurations locales singulières, de produire des effets vertueux à moyen/long terme. Dans cette optique, Charrier & Jourdan (2009) proposent le modèle des dynamiques locales qui appréhende l’ensemble des phénomènes et interactions entre acteurs qui s’opèrent autour d’un grand événement sportif. Il s’agit ainsi d’éclairer les ressources en amont (conditions de réalisation de l’événement) et les externalités qui apparaissent pendant et en aval de l’organisation (les effets).

Il existe aujourd’hui un consensus autour du fait qu’un événement sportif n’a pas d’effet intrinsèque positif sur un territoire (Girginov, 2012 ; O’Brien & Chalip, 2007). C’est en imaginant ce qui peut l’accompagner, le faire vivre par les populations qu’il deviendra générateur d’impact. C’est la raison pour laquelle selon ces auteurs l’analyse doit se concentrer sur l’action publique et l’investissement dans les programmes d’accompagnement afférents aux événements sportifs (Coalter, 2004 ; Girginov & Hills, 2009). Proche de cette analyse, d’autres auteurs tels que Green & Jones (2005), Kellett, Hede, & Chalip (2008), Charrier & Jourdan (2009), Lapeyronie (2010), Coulom & Bessy (2014) ou encore Bourbillères (2017) invitent à se concentrer en premier lieu sur le territoire ou l’une de ses principales caractéristiques/singularités pour comprendre le potentiel d’un événement sportif. Ce serait le moyen d’appréhender à la fois les jeux d’acteurs qui se créent grâce à l’événement (Barget & Ferrand, 2012) et la manière dont ce dernier questionne l’identité locale (Koebel, 2011), par une analyse du système territorial (Bessy, 2013 ; Koebel, 2017).

Le découpage de l’analyse sur la base d’une temporalité (ressources ex ante ; effets ex post) et d’une territorialité paraît d’autant plus adapté dans le cas de l’étude d’une candidature, puisqu’elle représente a fortiori un objet d’étude à la destinée incertaine, dépendante du contexte dont elle est le produit. Quelle que soit l’issue de la candidature, nous envisageons qu’elle soit par elle-même révélatrice de jeux de pouvoir au niveau local, tout autant que d’enjeux géopolitiques au niveau global. Ce faisant, il apparaît nécessaire de partir du contexte du terrain étudié pour analyser cet objet « composite » qui va prendre logiquement des formes totalement différentes selon les configurations locales/nationales : modalités ; temporalités ; budgets ; implication des partis politiques ; formes de contestation, etc.

2.3 L’impact des GESI dans l’histoire : de l’impact économique à la compréhension des impacts sociaux

Roberts (2004) définit un événement sportif comme « méga » par sa discontinuité, son originalité, son caractère international et sa composition globale hors norme, capable d’atteindre des millions de personnes à travers le monde par la médiatisation. Cette tendance ne fait que se renforcer depuis les années 1980 et la commercialisation des anneaux olympiques. On constate que les droits de retransmission des Jeux d’été sont passés de (l’équivalent de) 1,2 millions d’euros en 1960 à près de 3 000 millions d’euros en 2012 (source CIO). Sur une période plus récente, nous pouvons citer l’évolution des recettes de sponsoring, passées de 97 millions de dollars pour les Jeux de Calgary/Séoul (1988) à 867 millions de dollars pour les Jeux de Turin/Pékin (2006–2008). Pour le pays hôte, les JOP permettent une promotion internationale pouvant attirer la curiosité des étrangers et dynamiser le secteur touristique (Kim & Chalip, 2004).

En plus de cette couverture médiatique, de nombreux travaux attestent la diversité des effets locaux des GESI. Par exemple, l’Euro 2016 aura été un révélateur et un activateur du jeu des acteurs en encourageant notamment les transversalités internes aux structures institutionnelles ainsi qu’en développant des réseaux de partenaires (politiques et/ou techniques) multidimensionnels (Charrier, Djaballah, & Jourdan, 2019). Les GESI servent aussi de catalyseur pour la régénération urbaine d’une ville (Hall, 2004 ; Holz, 2013). Loin de pouvoir citer tous les effets potentiellement vertueux identifiés dans la littérature, soulignons surtout que ces changements seraient en mesure de produire une amélioration de la qualité de vie de la population locale dans son ensemble (Gursoy & Kendall, 2006).

Toutefois, certains impacts sont préjudiciables et peuvent entraîner des pertes économiques considérables pour les organisateurs (Gursoy & Rutherford, 2004) ou nourrir diverses formes de contestation dans l’opinion publique pouvant fragiliser l’événement (Hiller & Wanner, 2011). C’est le cas des dommages environnementaux, des dépenses excessives, des problèmes de sécurité, de la congestion du trafic, de l’augmentation de la prostitution ou encore de la restriction des déplacements des résidents locaux. Ces impacts négatifs sont d’ailleurs souvent négligés par les autorités et les élus locaux dans l’optique de convaincre l’opinion publique de l’intérêt d’accueillir l’événement (Kim & Petrick, 2005).

Pourtant, les retombées économiques de ces GESI ont déjà été largement remises en question par certains économistes (Andreff 2012 ; Crompton, 1995 ; Kasimati, 2003). Crompton (2006) avance même que l’essentiel de ces études sont des instruments de « manigance politique » quand Dwyer & Jago (2006) expliquent qu’il « n’y a pas de cadre méthodologique clair et précis dans la mesure de l’impact économique ». Il reste donc difficile d’estimer l’ampleur des retombées économiques avec un bon degré de précision, notamment en raison des différents types d’événements et des différentes configurations d’acteurs (Djaballah, Hautbois, & Desbordes, 2015). C’est la raison pour laquelle de plus en plus de travaux d’universitaires s’orientent depuis le milieu des années 2000 vers l’identification d’héritages autres qu’économiques (Getz, 2008). Chalip indique par exemple en 2006 que l’impact social lié à un événement sportif doit être davantage pris au sérieux, puisqu’il reste encore relégué au rang des anecdotes, seulement pour alimenter un commentaire journalistique destiné à faire vivre l’événement.

2.4 Des études très contrastées sur les JOP

Pour Holger Preuss (2007) il « est impossible et même faux d’affirmer l’effet global des différents JO avec un bénéfice ou un déficit [...] le vrai résultat sera obtenu en mesurant les infrastructures, les dimensions sociales, politiques, économiques, sportives d’une ville, d’une région ou d’un pays, ce qui est impossible ». Il existe pourtant des études qui tentent de rendre cette complexité intelligible en vue d’en proposer une tendance sur un aspect spécifique. Ainsi, Malfas, Houlihan, & Theodoraki (2004) rappellent que l’olympiade de Barcelone 1992 est souvent citée comme l’exemple le plus vertueux parmi les Jeux d’été. La compétition a attiré des investissements publics de l’ordre de 6,4 milliards d’euros ce qui a rendu possible la modernisation et le réaménagement de la ville et de la province de Catalogne. Pour Brunet (1995), ce succès est inhabituel dans le contexte des GESI. Selon l’historiographie des Jeux, avant l’olympiade de 1992, seuls ceux de Tokyo en 1964 auraient généré plus d’investissements directs. Depuis, les jeux d’hiver de Sotchi (35 milliards d’euros) ou les Jeux de Londres (13,5 milliards d’euros) ont encore dépassé ces sommes avec des retombées en termes d’héritage urbain plus discutables (Müller, 2015).

D’autres olympiades présentent des situations beaucoup plus contrastées : celle de Montréal en 1976 demeure l’exemple le plus célèbre, avec un déficit record : la dette olympique incluait le paiement d’intérêt à hauteur de 2,729 milliards de dollars (Levesque, 2001). Ce coût était supporté jusqu’en 2006 au niveau local par les seuls contribuables montréalais puisque le gouvernement fédéral s’était engagé à ne pas financer de déficit, de même que le CIO et ses partenaires privés. Malgré son déficit record, la ville de Montréal a accueilli en 2005 les onzièmes championnats du monde de sports aquatiques avec un nouveau solde négatif de 3,5 millions de dollars à la clé (Junod, 2007). Cela ne semblait pas inquiéter outre mesure le maire de Montréal, Gérard Tremblay, qui déclarait (Junod, 2007, p. 94) : « Un déficit de l’ordre de 4millions (de dollars canadiens) ne représente que 0,1 % du budget annuel de 4milliards pour Montréal ». Cela illustre bien la manière dont l’accueil de ces événements reste encore largement dépendant des volontés politiques locales, eu égard au profit politique et social que le sport peut susciter (Koebel, 2011, 2017). Dans le cas de ces olympiades particulièrement déficitaires (Montréal 1976 ; Athènes 2004 ; Sotchi 2014), Gouguet (2015) parle de « socialisation des coûts » (pour le contribuable) et de « privatisation des bénéfices » (par les multinationales partenaires du CIO).

Toutefois, même parmi les Jeux considérés comme « économiquement viables » tels que les olympiades américaines contemporaines (Los Angeles, Atlanta et Salt Lake City), Andranovich, Burbank, & Heying (2001) montrent que les effets en termes de réaménagement urbain sont systématiquement surestimés. Ils l’expliquent notamment en raison des délais nécessaires à la planification urbaine, à la difficulté de mettre en œuvre des partenariats public/privé et surtout en raison de l’absence de participation des citoyens au cours du processus. Au contraire, Henry (2013) indique que les Jeux d’Athènes ont été un instrument d’aménagement efficace, mais qui reste toutefois à nuancer par les abîmes dans lesquelles sombraient la Grèce à l’automne 2009 avec la crise budgétaire et les plans d’austérité successifs imposés par la BCE. Finalement, Hiller (2000) s’interroge sur la contradiction même que pourrait revêtir le simple fait d’envisager conjointement un développement urbain et l’amélioration des conditions de vie des résidents locaux dans le contexte des JOP.

2.5 Une montée durable des contestations ?

La revue de littérature illustre la manière dont les études d’impact des GESI ont progressivement convergé de la mesure de l’étude d’impact économique, pour justifier et légitimer, à la compréhension d’effets immatériels, pour questionner et débattre. D’ailleurs, les (nouveaux) enjeux soulevés par ces études confortent le retrait de nombreuses villes candidates ces dernières années. De manière générale les candidats aux JOP se raréfient passant d’une dizaine de villes candidates à seulement quelques-unes lors des dernières phases de candidature (1 pour JOJ52016, 2 JOH62018, 3 JOH2022, 1 JOE72024, 3 JOH2026, 1 JOE2028). Des olympiades particulièrement dispendieuses – le déficit record de Montréal (1976), les éléphants blancs d’Athènes (2004) ou plus récemment le coût des Jeux de Sotchi (2014) – ont refroidi bon nombre de candidatures ces dernières années.

Toutefois, Chappelet (2016) indique que ce phénomène n’est pas totalement nouveau puisque, à la suite de Montréal en 1976 par exemple, il n’y avait qu’une seule candidature pour les JOH 1980 (Lake Placid) et une seule pour les JOE 1984 (Los Angeles). Aussi, au début du 20e siècle, des villes désignées par le CIO comme Chicago et Rome se sont désistées respectivement en 1904 et 1908. Mais la nouveauté réside probablement dans le recours de plus en plus systématique au référendum pour bloquer des candidatures. Par manque de soutien populaire, Boston, Hambourg et Budapest renoncent à leur candidature aux JOE 2024, Munich et Cracovie aux JOH de 2022 et Calgary et Sion aux JOH de 2026.

Comme le rappelle Hiller dès 2000, les contestations sont souvent liées à une perception par l’opinion publique de priorités gouvernementales mal placées, la population faisant face au « mépris cavalier des puissants » qui accorderaient un statut prééminent à l’événement. La candidature olympique de Toronto en 2000 a par exemple suscité une opposition autour du slogan « on veut le pain, sans le cirque ». Celle-ci aura finalement entraîné des modifications importantes de la candidature en termes d’impact urbain et humain (Lenskyj, 1996). Plus récemment, en marge des grands événements au Brésil (coupe du monde de football 2014 et JOE 2016 au Brésil), on assiste à des manifestations sociales d’envergure dénonçant de la même manière une gabegie de deniers publics pour un projet qui n’aurait pas suffisamment d’utilité sociale. Pourtant, le soutien des habitants locaux est déterminant puisqu’il est susceptible de convertir un GESI en un festival urbain inclusif, tandis que la résistance contre celui-ci entraînera des retards dans les travaux, voire son échec global (Gursoy & Kendall, 2006). L’enthousiasme de la communauté locale pour l’organisation d’un GESI apporte une influence directe pour son succès et sa durabilité (Getz, 2008). Ce faisant, les porteurs du projet doivent montrer d’une manière ou d’une autre que leur pays, leur ville, sont particulièrement enthousiastes et favorables à cet accueil.

La compréhension des attentes de la population locale reste donc un préalable pour que les organisateurs puissent développer des stratégies pour réduire les éventuels effets indésirables (Delamere, 2001). Dans l’espoir d’obtenir l’adhésion de l’opinion publique, Hiller (2000) observe dès les premiers temps d’une candidature la création d’une vaste coalition de l’élite (politique, économique et culturelle) locale pour s’assurer que le caractère mythique des JOP l’emporte sur toute autre considération. Le « battage médiatique » associé au rythme effréné du processus de candidature et à l’euphorie de remporter une « victoire » face à d’autres villes/pays participent d’une trajectoire qu’il est généralement ardu de faire dérailler, quels que soient les coûts ou les conséquences (Hiller, 1998).

Pourtant, aujourd’hui, ces candidatures « déraillent » régulièrement, le rejet de la population (dès lors qu’elle est consultée) se faisant de plus en plus systématique. Quel élément plus révélateur de cette tendance que l’obtention des JOP 2024 par Paris, qui n’a, en dernière instance, fait face à aucune concurrence, tous ses adversaires s’étant progressivement retirés de la course8 ? L’analyse de cette « pédagogie » dans la mise en œuvre par les porteurs des candidatures des villes européennes, et par conséquent des contextes locaux et nationaux variés, s’avère être un prisme d’analyse pertinent pour comprendre ce rapport quadripartite complexe et changeant entre le public, les gouvernements, le mouvement sportif national et les firmes privées partenaires, généralement impliquées dans la gouvernance de ces grands événements sportifs internationaux.

3 Quatre projets de candidature européens à contextes et destinées différenciés

Cette seconde partie présente les données exploratoires du projet de recherche à partir d’une analyse documentaire des articles de presse nationaux et locaux, des sondages d’opinion et des dossiers de candidature de chaque cas sur une période allant de janvier 2015 (début de l’année où les quatre villes candidates européennes9 ont été retenues) à septembre 2017 (date de la session de Lima). Concernant la collecte, nous avons récolté les informations de manière extensive puis procéder à un processus de centration progressive (Paquette, 2005) en privilégiant autant que possible les sources provenant des pays étudiés à partir de la base de données Factiva, ainsi que de mots clefs (candidature, Jeux olympiques, contestation, opposition, referendum) déclinés également en allemand, hongrois et italien sur les moteurs de recherche classiques. Cela nous amène à présenter sous forme de synthèse interprétative le déroulement de chaque candidature.

3.1 Paris 2024 la victorieuse : construire un projet sociétal sur le long terme

La candidature parisienne victorieuse comporte en son sein la volonté de construire à long terme, à travers l’accueil successif de grands événements sportifs à renommée internationale10, une image de capitale mondiale ouverte et dynamique, support d’un projet de société. Pour cela, une structure transversale dédiée a été créée au sein de la mairie de Paris en 2014 : la mission des « Grands Événements Sportifs Internationaux11 ». Elle mobilise l’ensemble des directions, capitalisant sur les effets vertueux, les modes de gouvernance et les réseaux créés à la faveur des événements précédents. C’est un moyen d’aborder l’événementiel sportif de manière plus systématique comme un levier, une opportunité pour le territoire. Karim Hérida, directeur adjoint du programme olympique et ex-directeur de cette mission, évoque cette idée par laquelle « la réception conjuguée de plusieurs grands événements sportifs génère un effet d’apprentissage et une fluidification des processus internes à la gouvernance12 ».

Cette continuité dans l’accueil des grands événements sportifs est aussi un atout dans la candidature. C’est la possibilité de construire des partenariats à moyen terme – avec des structures associatives culturelles et sportives – pour valoriser les externalités positives éventuelles en proposant un programme d’accompagnement de projets ambitieux. Depuis l’Euro 2016, la question de l’acceptabilité sociale de l’événement est au cœur des préoccupations des décideurs parisiens, dionysiens et séquano-dionysiens qui s’adressent aux publics les plus éloignés de la pratique sportive (des « réfugiés », des « personnes en situation de handicap », des « femmes », des sportifs issus des « quartiers défavorisés ») par l’organisation de projets (match des réfugiés dans la fan-zone parisienne pendant la compétition) ou le subventionnement d’associations (Tatane, Gongle). Dans le futur village olympique du quartier Pleyel à Saint-Denis, une association des arts du cirque (Académie Fratellini) et une coopérative culturelle (Cuesta) organisent depuis 2016 des ateliers mensuels avec les écoles locales pour penser le quartier de demain, grâce à des financements municipaux (ville de Saint-Denis) et départementaux (Seine-Saint-Denis). Ces projets peuvent avoir des effets d’entraînement en termes de développement local13 qui, paradoxalement, sont peu valorisés dans le dossier de candidature.

Pourtant, cette présentation enchantée masque une réalité contrastée où le public n’a pas été directement consulté et où la contestation est réelle, mais peu audible. Par exemple, la question de l’acceptabilité sociale est traitée de manière sibylline dans le dossier de candidature phase 1 paru en 2016, dans trois entrefilets respectivement intitulés « un soutien total de toutes les parties prenantes » (point 77), « aucune opposition » (point 78) et « aucun référendum » (point 79). Dans le dossier de candidature phase 2 paru au printemps 2017, il est indiqué que « les principaux résultats du sondage effectué en septembre 2016 montrent que le projet de candidature de Paris 2024 suscite toujours autant l’adhésion d’une large majorité de l’opinion publique » à hauteur de 77 %14. Des contestations ont pourtant existé par l’intermédiaire d’un collectif, d’une pétition (32 000 signatures) et d’un appel de personnalités universitaires, politiques et médiatiques signataires d’un « non à la candidature de Paris aux JO 202415 ». Globalement, ces voix sont restées peu audibles face à la mobilisation de grands sportifs populaires en faveur du projet (Tony Estanguet, Teddy Riner) ou encore face à l’argumentaire porté par des personnalités politiques de premier plan (Anne Hidalgo, François Hollande) sur les retombées positives de ce type de GESI.

Malgré la victoire, il semble que la question de l’acceptabilité sociale ne s’arrête pas à l’issue de la décision d’accueillir un événement, mais peut rejaillir sur son impact social ex post (Charrier & Jourdan, 2019). En effet, à l’instar de l’Euro 2016– où certains acteurs sportifs et politiques ont choisi de ne pas accompagner l’événement en développant une analyse critique des enjeux économiques ainsi que du rôle de l’UEFA – le COJO de Paris 2024 devra nécessairement continuer à essayer de mobiliser la population dans les années qui viennent sous peine de voir ressurgir de manière de plus en plus pressante les éléments de contestation, réels, bien que peu relayés pendant la candidature.

3.2 Budapest 2024 : une caisse de résonance des mécontentements locaux

La Hongrie est le pays le plus médaillé à n’avoir jamais organisé les Jeux16. Le 7 juillet 2015 est la cinquième fois que la ville de Budapest et le comité olympique hongrois se présentent pour être le pays hôte des JOP. Une « anomalie » que le président du comité de candidature de Budapest 2024 souhaitait mettre en avant en soulignant l’occasion unique pour le Mouvement olympique de se réengager avec des villes de taille moyenne17. Budapest fait aussi partie des trois villes à avoir déposé le plus de candidatures (5) sans obtenir les Jeux avec Lausanne (5) et Détroit (7). Dans la conférence de presse qui suivait une visite officielle du CIO le 16 septembre 2016, Viktor Orban, tout en reprenant ces arguments18 soulignait à l’intention des Hongrois que ce serait aussi « le bon moment pour Budapest de pouvoir accueillir les JOP puisque ce serait juste après trois décennies de libération du pays du despotisme19». Ces deux déclarations mettent en perspective le principal argument mais aussi le talon d’Achille de la candidature hongroise : l’instabilité politique locale.

Une étude20 fournie par le comité de candidature en janvier 2017 indique que le soutien de la population au projet olympique et paralympique a enregistré une hausse de 12 % en 6 mois, portant l’adhésion à 63 %. Dans cette étude, aucun chiffre dévoilé par le comité ne dément la pertinence du projet, bien illustré par les 77 % des Hongrois à considérer que la candidature est une « bonne chose », quelle qu’en soit l’issue. Un autre sondage mené un mois plus tard21 par l’hebdomadaire HVG22 indique a contrario que 62 % des sondés sont opposés au projet. Ces résultats nous invitent à souligner la prudence avec laquelle les sondages doivent être appréhendés et, surtout, la manière dont ils deviennent des outils au service d’un discours politique en fonction du mandataire. Craignant que la population hongroise ne vote à l’encontre de l’organisation à l’instar des Hambourgeois, les dirigeants de Budapest avaient rejeté fin 2016 la tenue d’un référendum23. Pourtant, la contestation se développera quand même sur les réseaux sociaux24, avant de gagner du terrain par la structuration d’un mouvement qui a gagné son crédit politique en s’opposant aux Jeux.

Une première initiative structurée a vu le jour en fin d’année 2016 par l’intermédiaire du mouvement « Olimpiát ? Ne », rejoint en début d’année 2017 par « NOlimpia » dont la forme est similaire aux initiatives prises par les mouvements « NOlympia Hamburg » et, avant celui-ci, « No Boston Olympics ». On y retrouve d’ailleurs les mêmes « entrepreneurs de la contestation transnationale » dont Christopher Dempsey, l’un des artisans du référendum de Boston25. Mais c’est surtout par une action politique que la contestation a pris forme lorsque le mouvement « Momentum Mozgalom » (« l’élan ») a soumis à la commission électorale de Budapest une question référendaire en décembre 2016 permettant l’ouverture d’une pétition. Le président du mouvement, Andras Fekete-Gyor, juriste de 27 ans, explique que « cette candidature cristallise les préoccupations des Hongrois sur la corruption, avec le sentiment que l’argent des contribuables est dépensé dans la construction de stades plutôt que d’hôpitaux et d’écoles ». Ce mouvement26, qui bénéficie du soutien de Georges Soros27 et qui a une forte présence sur les réseaux sociaux28, mène une campagne active pendant plusieurs semaines avec des stands surmontés de la bannière « Non aux Jeux olympiques » installés sur des grandes places publiques de Budapest. Le succès de la pétition avec plus de 266 000 signataires29 en moins d’un mois entraîne le retrait anticipé de la candidature avant même la tenue du référendum. Pour Momentum, la campagne « Nolimpia » a été « un moyen de mobiliser les Hongrois et de lancer un débat public qui vient de la société ». Ce fut aussi le moyen de fonder officiellement le parti politique le 4 mars 2017 qui a obtenu un peu moins de 3 % des voix aux élections législatives 2018.

D’ailleurs, la contestation qui a valu le retrait de la candidature sur des arguments économiques n’a aucune raison de s’estomper dans le débat public puisque les investissements promis par l’État et la municipalité de Budapest pour les JOP seraient quand même en passe d’être réalisés. En effet, une bonne partie des projets d’équipements sportifs et de transports urbains figurent déjà dans des documents de planification. Par exemple, le schéma de développement Ferenc Kemény – qui fait l’objet d’un décret gouvernemental en 2016 –a explicitement pour objectif d’ « augmenter le niveau des infrastructures sportives »30. Dans ce cas, la candidature au GESI aura particulièrement bien illustré un rapport de force local entre Momentum – qui ambitionne de fédérer plus largement tous les mécontents de la politique menée par Viktor Orban depuis ce succès – et le gouvernement nationaliste conservateur en place.

3.3 Hambourg 2024 : un rejet tout juste majoritaire de la population

Les dirigeants politiques allemands tentent depuis plusieurs années d’accueillir des événements internationaux, et les Jeux olympiques et paralympiques (Olympische Sommerspiele 2024) auraient constitué une opportunité politique et, selon les dires de ses promoteurs, également économique pour une région qui en avait besoin. Après le rejet en 2011 de la candidature de Munich pour les Jeux de 2018, puis celui en 2013 de sa candidature aux JOH 2022 qui auraient pu se dérouler à Munich et dans deux autres métropoles alentour, il aurait été difficile pour le maire de Hambourg de passer au-dessus de l’avis de la population dans cette décision importante sur le plan de l’investissement financier (et malgré la promesse que la ville n’aurait à investir pour sa part que 10 à 12 % du budget total, soit 1,2 milliards d’euros). Les populations de plusieurs villes bavaroises consultées en 2013 avaient toutes majoritairement rejeté leurs candidatures (l’une à près de 60 % des suffrages exprimés31). Plus que le souvenir des événements tragiques des JOH à Munich en 1972– où plusieurs membres de la délégation israélienne avaient trouvé la mort dans le cadre d’une prise d’otages –, c’est la campagne soutenue du mouvement NOlympia – dont le porte-parole était le leader des Verts au parlement bavarois –, notamment dirigée contre l’esprit capitaliste des JOP et l’opacité du système olympique, qui a eu raison de cette candidature.

Le recours au référendum ne pouvait ainsi être évité pour les élus politiques de Hambourg qui espéraient pourtant une assez large majorité de personnes favorables à l’organisation des Jeux, puisqu’ils avaient déjà fait pencher la balance contre Berlin qui était envisagée dans un premier temps. Le résultat fut certes serré (51,6 % défavorables à l’accueil des Jeux), mais le verdict lourd de conséquences, d’autant que ce référendum a plus fortement mobilisé la population (50,1 % des électeurs appelés aux urnes) que bien des sujets au préalable (dont un référendum sur l’éducation quelques années auparavant qui n’en avait rassemblé que 39,3 %). Le maire de Hambourg s’était fortement engagé dans cette campagne et avait obtenu le soutien du ministre de l’intérieur, un soutien qui pourtant avait été considéré par l’opposition comme particulièrement flou, quelques jours seulement avant le référendum, et qui a peut-être donné le coup de grâce au projet. Mais les sondages régulièrement réalisés par l’institut Forsa montraient depuis quelques mois une probable inversion de tendance : en septembre 201532, soit un peu plus de deux mois avant le référendum, les Hambourgeois étaient encore 63 % à s’être prononcés pour la candidature de leur ville aux Jeux (ils étaient 64 % en février 2015) ; mais ce chiffre était tombé à 56 % 10 jours avant le référendum. Entre temps, une pétition anti-olympiades avait rassemblé plus de 10 000 signatures et un argumentaire concocté par le mouvement d’opposition aux Jeux NOlympia Hambourg33 avait été rendu public sous le titre « Arguments pour un NON aux Olympiades »34, notamment via un site internet dédié35, principalement tourné vers les problèmes de financement et leurs conséquences à long terme, le calendrier irréaliste du plan de construction des installations manquantes, le jeu de dupes du CIO qui annonçait n’assumer aucune responsabilité en cas de problème financier, sans oublier la critique radicale concernant les profits qui iraient avant tout vers des acteurs privés. Cet argumentaire reprenait point pour point les arguments en faveur des Jeux pour les retourner contre leurs promoteurs : « le développement social de la ville » versus « les jeux du commerce olympique » ; « Hambourg pour tous » versus « la ville est vendue au privé » ; « sport pour tous et inclusion » versus « sport de haut niveau et dopage » ; « développement durable » versus « problèmes durables » ; « fête de la paix » versus « armé jusqu’aux dents ». Tous ces arguments ont sans doute permis de sensibiliser et de convaincre une partie des électeurs, par leur diffusion via les réseaux sociaux, et ont contribué à la bascule des prévisions initiales au moment du vote. Il serait intéressant d’explorer plus avant les acteurs les plus influents du mouvement d’opposition, ses rapports avec le parti des Grünen et les filiations possibles avec le mouvement qui s’était développé quelques années auparavant en Bavière, ou d’autres mouvements d’opposition à travers le monde.

3.4 Rome 2024 : l’abandon par la victoire du mouvement 5 étoiles (M5S) aux municipales

La candidature de Rome était pourtant bien engagée, avec pour projet de lier les Jeux aux sites et monuments historiques les plus prestigieux de Rome, qui auraient été complétés par des installations temporaires, plan de financement à l’appui. Cette candidature, lancée et soutenue par Matteo Renzi (président du conseil des ministres de 2014 à 2016) le 15 décembre 2014 avec le président du très puissant comité olympique italien (CONI) Giovanni Malagò, fut officiellement retenue en septembre 2015 par le CIO.

Virginia Raggi devient maire de Rome en juin 2016. Elle représente le mouvement 5 étoiles naissant et incarne, avec la ville de Turin, l’une des deux grandes victoires électorales aux élections municipales de ce mouvement. Durant la campagne électorale début 2016, elle se prononce contre la candidature de Rome aux Jeux de 2024 en considérant que ce n’est pas une priorité dans sa politique municipale, et annonce qu’en cas de victoire, elle y renoncerait, ce qui devint officiel le 21 septembre 2016. Ses arguments sont principalement d’ordre financier : elle s’attaque notamment à l’accumulation d’infrastructures en béton, gouffre financier hypothéquant l’avenir de la ville et de ses projets novateurs, en s’appuyant notamment sur le fait que les emprunts pour l’organisation des JO de 1960 n’étaient même pas encore remboursés, et également sur un chantier initialement prévu pour les Mondiaux de natation en 2009 et laissé inachevé, sur le lieu même où devait être érigé le village olympique (le « spectre des squelettes des Jeux » à travers le monde est un argument utilisé aussi durant cette conférence de presse). À l’opposé, l’argumentaire du comité italien d’organisation des Jeux portait pourtant sur ce point financier et promettait que l’organisation ne coûterait pas un centime aux habitants de Rome. Cependant, il eut été impensable que le comité décide de candidater sans l’accord des élus locaux. Quelques semaines après son élection, Virginia Raggi met son projet à exécution, au grand dam du CONI. Cette opposition aux Jeux n’est pas une opposition au sport en général, aussi bien dans les discours que dans la réalité, puisque les efforts réalisés dans ce domaine sous la direction de Daniele Frongia, Conseiller en charge des Sports, de la Jeunesse et des Grands événements, ont été nombreux, dans le domaine du sport associatif et scolaire, mais aussi dans l’accueil de grands événements (avec l’arrivée du Giro 2018 ou l’accueil du match inaugural de l’Euro 2020 par exemple)36.

Il est intéressant de s’interroger sur les idées politiques du M5S dans le domaine des grands événements, du fait des difficultés – encore actuelles, et relancées par une possible alliance avec l’extrême droite italienne pour former un gouvernement – à positionner ce mouvement dans le champ politique traditionnel (il ne se déclare d’ailleurs « ni de gauche ni de droite »). Il est certain que ce mouvement, même s’il est composé de personnalités différentes, difficilement classables politiquement, est tout de même caractérisé par sa ligne politique « anti-système ». Si l’on considère les Jeux olympiques comme un système, ou, d’un point de vue critique, comme le pur produit d’un capitalisme sauvage, alors on peut envisager que la posture de la maire de Rome soit plus une position de principe ancrée dans son parti qu’une position personnelle. Le M5S s’est également fait connaître pour prôner la démocratie directe. Il serait intéressant de vérifier dans quelle mesure la décision de la maire est le produit d’une consultation interne du mouvement, soit au niveau local, soit au niveau national. En effet, l’annonce du renoncement s’est faite par la maire huit jours avant le vote du conseil municipal, qui a ratifié cette décision par 30 voix pour et 12 voix contre le renoncement. On peut aussi s’interroger sur la place des réseaux sociaux dans le processus et dans la légitimation de cette prise de position. Il faudrait approfondir l’étude des tweets et des posts sur Facebook pour analyser la part des pro et des anti JOP au sein des partisans du M5S. Ce que l’on sait en revanche déjà, c’est que l’annonce du renoncement37 via la page Facebook de Raggi a obtenu, selon la presse38, plus de 50 000 likes et a fait l’objet de plus de 15 000 partages (la version actuelle ne fait apparaître que moins de 15 000 likes – contre 600 plutôt dépités – et 4800 partages), ce qui fut considéré comme un plébiscite.

Le CONI a maintenu la candidature en présentant quelques jours plus tard le dossier pour entamer la seconde phase, espérant peut-être convaincre les élus, mais son président Malagò décide de jeter l’éponge le 11 octobre 2016. À noter que le camp des opposants à l’accueil des Jeux compte également des membres éminents d’un autre parti populiste et « eurosceptique » – la Ligue (anciennement « Ligue du Nord ») –, ainsi que des membres des Radicaux italiens.

4 Discussion

Cette contribution questionne l’acceptabilité sociale d’un GESI à travers l’analyse de la défiance de l’opinion publique dans le processus de candidature des villes européennes aux JOP 2024. Une première partie revient sur la littérature inhérente aux impacts des GESI en interrogeant plus spécifiquement celle portant sur la contestation dans le cadre des JOP.

Les nombreux travaux présentés dans cette partie illustrent la pluralité des disciplines et des approches qui étudient l’objet « Jeux olympiques et paralympiques » et les résultats qui en découlent. Nous envisageons à cet égard que le processus de candidature puisse être un prisme original pour questionner l’acceptabilité sociale de projets à vocation sociétale. En effet, plusieurs travaux ont déjà montré que l’analyse de GESI dans leur période de candidature et/ou d’organisation et de mobilisation (en aval) sont des outils d’analyse de la politique gouvernementale39 (Jeong, Jafari, & Gartner, 1990) ou des idéologies40 à l’œuvre (Hill, 1996). Il s’agit désormais d’appréhender la manière dont le citoyen est associé à ce processus.

Ces exemples soulignent également la nécessité de prendre en compte les caractéristiques locales et les volontés politiques pour appréhender la singulière relation entre le public et le GESI (Charrier & Jourdan, 2009). Andreff (1991) a notamment montré dans une analyse comparée des JOH de 1968 à Grenoble et ceux de 1992 à Albertville que les conséquences économiques des GESI dépendent largement du contexte local : inflation, emploi et croissance. Il en va de même pour les effets sociaux bien illustrés dans le cas du Brésil (Castilho, 2016) : lorsque le contexte présente un climat de revendications sociales, l’accueil d’un GESI cristallise les tensions. La capacité de la région d’accueil à gérer l’ensemble du processus d’organisation aura un impact sur la possibilité de diffuser les externalités positives éventuelles pour inclure tous les territoires impliqués. Ceci nous semble d’autant plus important qu’il existe aujourd’hui un consensus sur le fait que l’obtention d’un soutien public à l’organisation de telles manifestations ne peut plus reposer, comme on l’a constaté pendant de nombreuses années, sur le seul calcul d’impact économique.

Une seconde partie présente les résultats exploratoires du projet de recherche IdEx (2018–2020) à travers une analyse documentaire retraçant le déroulement des candidatures de Paris, Budapest, Hambourg et Rome aux JOP 2024. La diversité des contextes à l’étude ainsi que la similarité des conditions du retrait de trois des quatre candidatures nous amènent à évoquer trois pistes de recherche pour la suite.

La première nous interroge sur ce que révèlent les JOP dans leur rapport au politique. En effet, il semble que dans le cas de ces retraits, les JOP sont avant tout le support d’enjeux politiques locaux. Moins que de simples révélateurs d’une mondialisation économique et politique par ailleurs largement établie dans la littérature (Andreff, 2011 ; Augustin & Gillon, 2004 ; Boniface, 2016), l’analyse de ces candidatures illustre surtout la manière dont les acteurs locaux se servent des JOP pour des objectifs politiques nationaux et conjoncturels. Les acteurs locaux semblent d’ailleurs les considérer au-delà de toute idéologie dès lors qu’ils sont en phase avec des objectifs électoraux à court ou moyen terme. Par exemple, deux formations politiques (« Momentum » en Hongrie et le Parti Socialiste puis « En Marche » en France) ayant des positionnements (une social-démocratie pro-européenne) et des éléments de langage similaires (« au-dessus de toute idéologie et des clivages gauche droite qui appartiennent au passé ») n’auront pas pour autant une position commune sur l’accueil des Jeux. Ces premiers résultats rejoindraient les analyses d’Hiller & Wanner (2011) qui montrent, à l’occasion des JOH de Vancouver 2010, que les Jeux n’ont pas un attrait universel mais peuvent au contraire « être pris dans des débats politiques locaux reflétant les critiques et les différences entre les priorités politiques du moment, l’idéologie des partis et les préférences des élus ». Ces atermoiements locaux entraînent alors un conflit et cristallisent une suspicion voire une opposition aux Jeux. Les mouvements de contestation peuvent même être instrumentalisés par le pouvoir en place pour renoncer à l’accueil pour lequel il s’était pourtant ouvertement et vigoureusement engagé. En conséquence, la manière dont les décideurs locaux s’approprient les Jeux doit être considérée comme un acte politique ayant des conséquences politiques au niveau local et national à court terme (dans le cas de l’abandon) ou à long terme (dans le cas de l’obtention).

La seconde perspective de recherche concerne la place du citoyen/habitant dans la candidature, notamment à travers l’analyse des instruments participatifs et délibératifs développés dans le cadre des candidatures. Pour mieux comprendre le poids des contestations des habitants, des citoyens nationaux et des corps intermédiaires dans le retrait des candidatures, l’analyse des instruments – qui se situent à l’interface des stratégies de contestation et des stratégies de conquête – peut permettre de questionner la manière dont l’événement est source d’empowerment. La traduction française de ce concept, la capacitation, articule deux dimensions selon Bacqué & Biewener (2013) : « celle du pouvoir, qui constitue la racine du mot, et celle du processus d’apprentissage pour y accéder. Il peut désigner autant un état qu’un processus [...] à la fois individuel, collectif, social ou politique [...] impliquant une démarche d’autoréalisation et d’émancipation des individus, de reconnaissance de groupes ou de communautés et de transformation sociale ». Par ce potentiel émancipateur, il semble d’ailleurs que l’analyse de ces processus puisse tout à fait s’insérer dans la continuité des travaux sur l’impact social des GESI, à l’instar des travaux de Charrier, Jourdan, Bourbillères, Djaballah, & Parmantier (2019) qui incluent cette notion dans leur périmètre de l’impact social41.

Finalement, les candidatures avortées de Budapest et Hambourg s’appuient respectivement sur un instrument participatif ascendant (la pétition) et un outil de démocratie directe (référendum). Le cas romain, quant à lui, apporte une forme de complexité supplémentaire puisqu’il s’agit d’une forme plus classique à l’origine de l’abandon, à savoir la démocratie représentative (changement de maire suite à une élection), même si la légitimité de cette décision a été renforcée via les réseaux sociaux. Par ailleurs, on assiste également à la mise en place d’outils de démocratie participative ayant pour vocation d’intégrer le citoyen dans la candidature pour réfléchir à un « projet de société » générateur d’héritage. Ici, la consultation prend généralement la forme d’instruments (réunion publique, concertation en ligne) qui ne vont pas conduire à une prise de décision, mais plutôt – du moins c’est ce qui est envisagé par les porteurs des candidatures – à une co-construction de projets et d’actions au niveau local. Comme l’indique Giulianotti, Armstrong, Hales, & Hobbs (2015) en analysant les formes de contestation à l’œuvre avant et pendant les Jeux de Londres 2012, cet axe de recherche peut apporter des éclairages sur les processus démocratiques et politiques en révélant des contre-perspectives importantes, bien qu’immergées, puisque l’organisation de ces GESI bénéficie généralement d’un soutien médiatique et politique fort qui limite les possibilités de dissidence et de critique dans la sphère publique.

D’ailleurs, il serait intéressant d’analyser les modalités par lesquelles les habitants ont progressivement été inclus dans un processus délibératif leur permettant, par une forme de capacitation, de faire entendre leur voix. Sur ce point, on se référera à la définition de Pasquino (2007) qui rappelle – dans le prolongement de la dichotomie conceptuelle déjà effectuée par Elster (1994) – que la délibération suppose une argumentation, et ne doit pas nécessairement être corrélée à la notion de négociation ni à celle du vote. De plus, dans l’espace public délibératif au sens d’Habermas (1996), la notion d’opinion publique devient consubstantielle puisqu’elle est ancrée par essence dans les discussions ordinaires des citoyens. Dans cette acception, « le moment décisif n’est plus l’élection mais la formation de l’opinion publique, qui est conçue comme étant normalement (en l’absence de déformations) de nature communicationnelle » (Blondiaux & Sintomer, 2002, p. 23). En conséquence, si l’analyse des espaces politiques locaux et celle des instruments participatifs sont deux perspectives de recherche qui peuvent s’avérer fécondes, l’analyse de la construction de l’opinion publique en constituerait assurément une troisième. Par exemple, les résultats presque caricaturaux des sondages dans les différents cas nous rappellent qu’ils restent des outils au service d’une lutte pour l’opinion publique (Accardo, 2006). Finalement, cette troisième et dernière perspective de recherche permettrait peut-être d’expliquer pourquoi, en France, la contestation est restée peu audible, alors même que les arguments que l’on retrouve dans les manifestations anti-JO pendant les candidatures européennes (et outre-Atlantique) avortées – dénonciation d’une gabegie de deniers publics pour des projets qui n’auraient pas suffisamment d’utilité sociale – sont similaires à ceux que l’on retrouve dans le mouvement social des gilets jaunes. On peut, à cet égard, envisager que la contestation, en France, se fasse de plus en plus pressante à l’approche de l’événement.

Financements

Cette contribution dispose d’un soutien financier de l’IDEX-CNRS CAPSE 2017-2020 (pour une Culture commune de l’Action Publique Sociale Européenne : application aux cas de l’emploi, de l’éducation, de la santé, de la culture et du sport). Le financement principal (80 000 €) provient de l'IDEX POST-DOC Université de Strasbourg JOP2024 2018-2020 (La participation des citoyens dans les candidatures européennes aux Jeux olympiques et paralympiques 2024) dirigé par M. Koebel.

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1

C’est-à-dire celui qui jouit, dans l’État dont il relève, des droits civils et politiques, et notamment du droit de vote (par sa nationalité, son lieu d’habitation ou sa contribution à l’impôt). Généralement, il s’agit du citoyen/habitant/électeur/contribuable de la ville ou de la région qui candidate à l’accueil de l’événement, eu égard au découpage territorial effectué par les instances concernées quand elles utilisent certains instruments délibératifs.

2

Les comités de candidatures nationaux sont généralement constitués du mouvement sportif national puis, d’une part, de l’État et de la ville hôte pour la sphère publique, et, d’autre part, des principaux sponsors et entreprises de programmation pour la sphère privée marchande.

3

 Traduction de « legacy ».

4

 Traduction de « realistic approach ».

5

Jeux Olympiques de la Jeunesse.

6

Jeux Olympiques d’hiver.

7

Jeux Olympiques d’été.

8

Rappelons qu’un cinquième candidat (Boston) s’est aussi retiré suite à un référendum et a même donné naissance à un mouvement de contestation transnational « NOlimpia » que l’on a retrouvé à l’œuvre à Budapest et Hambourg.

9

Le choix des villes est dicté par les candidatures : les 4 villes européennes candidates aux JOP 2024 sont étudiées.

10

Euro 2016, mondiaux de handball 2017, Gay Games 2018, Ryder Cup 2018, coupe du monde de football féminin 2019, coupe du monde de rugby 2023, JOP 2024.

11

Devenue, depuis l’annonce de la victoire de Paris en septembre 2017, la DGJOPGE (Délégation Générale aux Jeux Olympiques et Paralympiques et aux Grands Évènements).

12

Entretien du mercredi 16 mars 2016 que nous menons dans le cadre d’une étude de l’impact social de l’Euro 2016 en collaboration avec d’autres chercheurs du laboratoire d’Orsay sous la coordination de Dominique Charrier et Jean Jourdan.

14

Sondage TNS Sofres commandé par le comité de candidature en 2016.

15

Ce collectif reste actif en 2018 avec la publication d’un ouvrage collectif (Paris 2024, miracle ou mirage ?, aux éditions Libre & Solidaire).

16

Budapest devait les organiser en 1920 mais la situation d’après-guerre a privé la Hongrie de cette occasion.

18

« Selecting Budapest would not only be a new city and country for the Olympic Games, but put the region on the map. We want to organize the first Central Eastern Europe Olympics ». Viktor Orban le 20 novembre 2015, source Reuters.

19

Op. cit.

20

Réalisée par téléphone entre le 30 novembre et le 10 décembre 2016 par l’institut Kód Kft, auprès de 1014 personnes. Un échantillon qualifié de « représentatif » de la population du pays. http://www.francsjeux.com/2017/01/19/dans-les-sondages-budapest-2024-prend-son-envol/32431.

21

Sondage réalisé entre le 25 et le 31 janvier 2017 consultable https://24.hu/kozelet/2017/02/13/nagyot-bukna-a-fidesz-az-olimpiaellenes-nepszavazason/.

26

Le mouvement Momentum, qui « rassemble les jeunes de la nouvelle génération politique qui veut faire quelque chose pour résoudre les problèmes systémiques de la Hongrie », a été créé en 2015 et est officiellement devenu une association l’année dernière. Selon son site internet, il n’offre « pas d’idéologie mais des solutions. L’ère des batailles idéologiques est terminée, c’est déjà le 21e siècle. La gauche doit accepter la conscience nationale et la droite doit apprendre la solidarité. ».

27

Georges Soros est un financier milliardaire américain d’origine hongroise. Il est devenu célèbre pour ses activités de spéculation sur les devises et les actions – il est à l’origine des hedge funds apparus dans les années 1970 –puis par ses activités de philanthropie. Il cristallise depuis des années les critiques, notamment de l’extrême droite, de par son soutien financier à diverses causes libérales. En 2017, Orban dépense 100 millions d’euros dans une vaste campagne de propagande gouvernementale contre lui. https://emerging-europe.com/news/hungarys-anti-soros-campaign-cost-100-million-euros/.

29

Momentum avait 30 jours pour recueillir au moins 138 000 signatures de résidents de Budapest et obliger les pouvoirs publics à organiser un référendum local selon le droit hongrois.

31

Selon les villes concernées, seulement 10 à 20 % de participation électorale est exigée pour que le référendum soit décisionnel (contrairement au cas français où ce seuil est fixé à 50 % de la population inscrite sur les listes électorales).

33

Le mouvement NOlympia est soutenu par des partis politiques (les Grünen – notamment leur section jeunes –, mais également la SPD, Die Linke), par une organisation turque de travailleurs migrants, un syndicat d’enseignants (Gewerkschaft Erziehung und Wissenschaft), ainsi que par plusieurs organisations étudiantes de l’université de Hambourg.

34

NOmympia, Argumente fur ein NEIN zu Olympia, n.d.

35

http://www.nolympia-hamburg.de (ce site existait toujours au 13 septembre 2019).

39

Comme les Jeux olympiques de Séoul en 1988.

40

Comparaison des objectifs de l’URSS lors des Jeux olympiques de 1980 face à ceux des firmes privées des Jeux de Los Angeles de 1984.

41

Il est évoqué sous l’item « éducation et capacitation » et comporte plusieurs sous catégories : développement de contenus scolaires liés à l’événement, éducation à la citoyenneté, consultations préalables à la décision d’organiser l’événement, invention de modalités de co-production, mobilisation des dispositifs d’implication des habitants et des instances de « démocratie sportive », formation, expérience et mobilisation des personnels, des bénévoles et des réseaux de volontaires, mouvements sociaux contre ou à l’occasion de l’événement.

Citation de l’article : Bourbillères H & Koebel M (2019) Les processus de contestation dans le cadre des candidatures des villes européennes aux Jeux olympiques et paralympiques 2024. Mov Sport Sci/Sci Mot, https://doi.org/10.1051/sm/2019032

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